Dimanche 11 mai 2008

Houuuuuuu ! Le réveil est dur, ce matin. J'ai mal au crâne.

Qui a dit "Tu m'étonnes" d'un air ironique totalement inapproprié ????

Heureusement, ça va encore être tranquille aujourd'hui : petit déjeuner à 9h, bouclage de bagages pour libérer la jolie chambre où je me suis sentie comme chez moi, puis MP et moi retournons une dernière fois nous imprégner de La Paz. C'est bon, maintenant, on maîtrise. Il y a une sorte de kermesse sur l'avenue, pas mal d'animation, c'est sympa. Quelques achats de provisions pour le voyages plus tard, et nous sommes déjà de retour pour déjeuner à la cafeteria de l'hôtel. J'aurais bien goûté les empeñadas de la baraquette, mais était-ce bien raisonnable pour mon estomac occidental sur-aseptisé?

perou_2008_carte_3_400Toujours est-il qu'à 13h00, tout le groupe est fin prêt et embarque pour la gare routière où nous devons prendre le bus pour Oruro. Aujourd'hui, on teste les transports en commun boliviens. Le hall de la gare est empli du cri des rabatteurs qui essaient d'entraîner les clients vers leur compagnie :

"Cochabaaaamba ! Cochabaaaamba !"

Y'en a même qui arrivent à se battre pour un client ! Ok, là ça y est, on est dans l'ambiance. Heureusement que nous on n'a pas trop à chercher : Nico connaît. On enregistre les bagages : au-delà de 13kg, c'est 1,50 bolivianos par kilo supplémentaire. Hey ! Mais c'est quoi cette grosse arnaque ???? Ça râle sec dans le groupe. Finalement, il n'y a que Christine qui reste en-dessous (et Nico, mais lui il a triché : il a refait son sac lors de l'escale à Arequipa). Personnellement, je suis à 15 kg (merci le sac à dos), et MP à ... 21 kg ! Hum... ben oui, les achats ça finit par se voir. Comme de toutes façons on n'a pas le choix, on n'a plus qu'à s'installer dans le hall et attendre jusqu'à ce que le bus soit annoncé pour l'embarquement.

J16_LaPaz_BusPremier constat : le bus n'est pas de la première jeunesse, mais les sièges sont confortables. Heureusement, parce qu'on a quelques heures de trajet devant nous.
Deuxième constat : le chauffeur n'aime pas qu'on regarde par dessus son épaule : il s'empresse de tirer le rideau derrière lui, que les passagers du premier rang avaient ouvert pour voir la route. Ok...
Troisième constat, c'est assez folklorique comme système : le bus démarre et les retardataires courent après pour monter en marche. D'ailleurs, ce sera comme ça à chaque fois que nous récupèrerons un nouveau passager dans les rues d'El Alto : Tandis que le bus roule au pas, tu payes au gars sur la marche, et tu sautes en marche.
- L'heure c'est l'heure !
- Bon, d'accord...

Pourtant, quelques mètres après la sortie de la gare routière, le bus s'arrête et le chauffeur descend et va s'allonger sous l'avant. Nous, tout ce qu'on entend, ce sont quelques coups de marteau. Pittoresque, je vous dis... Ce qui pousse Agnès à descendre avec son caméscope pour filmer l'intervention. A ce moment-là, le chauffeur se relève, grimpe dans le bus et démarre en catastrophe, laissant son assistant et notre Agnès sur le bas-côté. Euh... Mais ils sont pas en train de nous courir après, là ?

- Hey ! Stop ! Stoooooooooop !

Mal luné, le chauffeur fait mine de ne pas entendre, jusqu'à ce que, réalisant ce qui se passe (ou réveillé par les cris), Nico arrive du fond du bus en courant pour mettre les points sur les i. Après quelques mauvaises excuses (genre "j'ai un horaire à respecter") et un bref échange de noms d'oiseaux, le chauffeur finit par arrêter l'engin et ouvrir la porte. Nous récupérons une Agnès effarée qui jure bien qu'on ne l'y reprendra plus !

J16_LaPaz_OruroMon petit doigt me dit qu'il est un brin soupe-au-lait, ce chauffeur. Et avec le recul, je m'aperçois que tous les signes étaient pourtant là... On était prévenus. En tout cas, je sais pas si on l'a mis de plus mauvaise humeur qu'il n'était déjà, mais sur la route, on a beau traverser de grandes étendues désertiques, c'est un festival. Comment on dit déjà ? une conduite agressive ? Pardon, nerveuse. Dans tous les cas, à force de vouloir respecter l'horaire, nous arrivons à Oruro avec une demi-heure d'avance. Du jamais vu, je parie !

J16_Oruro_WagonBagagesEspérons que le chauffeur de train sera de meilleure composition. Oui, car nous voici devant la gare où nous allons prendre l'Express del Sur pour Uyuni. Le bus n'est pas encore arrêté que MP, elle, est déjà au taquet... pour trouver les toilettes. OK, t'inquiète, je vois pour les bagages. Il faut les récupérer dans les soutes pour les faire charger dans le fourgon à bagages du train. Comme ça, nous on voyagera à nos aises. Nous embarquons donc dans un wagon paraît-il destiné aux touristes. Je ne sais pas si c'est vrai, mais en tout cas, c'est assez confortable : les sièges peuvent s'allonger quasi complètement pour faire couchette, et même se tourner à 180° pour faire face au voisin de derrière - qui devient alors voisin de devant. Vous suivez ? Et puis y'a la télé, aussi. Enfin je crois. Par contre, ça bringuebale tellement qu'il n'y a pas moyen de faire un sudoku tranquille.

perou_2008_carte_3_406Vers 20h30, Marylise, Paul, Jacques, Nico, MP et moi décidons d'aller faire un tour au wagon restaurant. Et là, attention les yeux ! perou_2008_carte_3_405Un vrai restaurant, avec table (et fleurette sur la table), menu et serveur. Côté nourriture, c'est assez moyen, mais il y a du vin et au moins, on rigole. La preuve : 3 heures plus tard, nous y sommes encore... lorsque le train s'arrête au milieu de nulle part.
Au début, nous n'y avons pas trop fait attention... jusqu'au moment où le serveur a commencé à vouloir nous virer. Et oui, il est minuit, on ferme. On a bien essayé de négocier, mais ils sont durs en affaire, les boliviens. Nous voilà donc tous les six retraversant les wagons endormis où les lumières ont été éteintes. Des couvertures ont été distribuées aux voyageurs, et ça ronfle sévère. Quelque part, heureusement que le train est toujours à l'arrêt, parce que passer les sas avec le roulis habituel, je ne suis pas sûre que j'aurais réussi... Comprends pas. Et puis la porte là, elle s'ouvre ou pas ???? Hé ! Attendez-moi ! Zut ! Tant bien que mal, nous finissons par retrouver notre wagon, mais impossible de dormir... Et le train ne repart toujours pas. En plus, il commence à faire sacrément chaud, dans ce wagon. Quand est-ce qu'on repart ? A quelle heure on était sensés arriver à Uyuni ? Combien il nous reste de voyage ? Ah ben ça va pas le faire ... Sûr que les 4x4, ils seront plus là, à notre arrivée.... Jusqu'au moment, où enfin, je lâche prise et finis par admettre que de toute façon, c'est pas me mettre la rate au court-bouillon qui changera quelque chose. C'est pas moi qui décide, c'est pas moi qui gère, et je ne risque pas d'influencer les événements. Alors autant prendre mon mal en patience.
Et oui, ouvrez bien vos oreilles, cette nuit-là j'ai appris .... à faire avec !
Une grande leçon qui me sert encore aujourd'hui (amis de la SNCF, si vous m'entendez...).

N'empêche que comme je ne peux toujours pas dormir, je navigue entre mon siège et le sas, parfois les toilettes (à éviter, les toilettes des trains boliviens à l'arrêt transportant des touristes qui ont goûté déraisonnablement la cuisine locale), puis je finis par m'asseoir dans le sas où il fait un peu plus frais, pour discuter avec Jacques et finir par partager avec lui les écouteurs de mon ipod.

Vers 2h du matin, un agent de train apparaît pour ouvrir les portes, de façon à ce qu'on puisse prendre l'air. J16_Oruro_ArretNuit_petitOn a même le droit de descendre sur la voie. L'agent finit par nous apprendre qu'un train de minerai a déraillé devant nous, et qu'on a pris notre locomotive pour aller enlever les wagons. Forcément, là, on risque pas de bouger. Mais bon, cette fois, il en faudrait bien plus pour convaincre Agnès de descendre. Elle préfère prendre l'air depuis la porte. Moi, je me lance : remontant le long du train (c'est haut un train. On dirait pas comme ça), j'arrive effectivement là où devrait se trouver la locomotive, pour ne trouver que les rails, la nuit noire, le silence et le désert. Bon et en plus, ça caille ! Il doit faire zéro. Au moins.

Vers 3h30, il semblerait que nous ayons enfin retrouvé notre locomotive. On fait remonter les passagers (je vous dis pas, si ça avait été le chauffeur du bus, comme il se serait carapaté à vitesse grand V!), et nous repartons. A l'arrivée à Uyuni, deux heures et demi plus tard, les 4x4 ne sont bien évidemment plus là depuis longtemps. Le jour se lève sur la petite ville minière dont l'immense avenue déserte est balayée par le vent. Il fait très froid. Nous sommes seuls, débarqués en terre inconnue. Il ne manquerait plus qu'une boule d'herbe sèche traverse la rue, tiens.
Courageusement, malgré la fatigue qui nous écrase, nous traînons nos bagages vers l'hôtel 300 mètres plus haut. Les chambres sont distribuées rapidement, sans un mot superflu. Une seule hâte : aller se coucher. Nico a été sympa, il a dit qu'on partirait plus tard que prévu. MP s'écroule sur son lit, tandis que dans un ultime effort, j'enlève d'abord mes lentilles (ouais, je sais, ça casse un peu l'ambiance). Il fait froid, la lueur blafarde du petit matin filtre à travers les rideaux, mais tant pis ! Dormir !!!!

PS : désolée, une journée aussi mouvementée se ressent sur la qualité des photos. Alors merci à mes camarades d'infortune pour LEURS photos.