Mardi 6 mai 2008

C'est aujourd'hui qu'on attaque les choses sérieuses : LE CHEMIN DE L'INCA.

Inca es-tu là ? En tout cas, nous à 6h30, on est debout et après un saut chez la mamie d'à côté pour acheter la cargaison d'eau, nous voilà prêts à partir pour attraper le train de 6h50. Dans l'équipe : Mireille et Gérard, Marylise et Paul, Isabelle et Alain, Anne, MP et moi. Marie-Rose a renoncé la veille. Avec Christine, Marie-Thérèse, Jean-Jacques, Agnès, Jean-Michel et Nicolas, ils feront la vallée sacrée en bus et nous retrouveront à l'hôtel d'Aguas Calientes ce soir... enfin, si on arrive.

En compagnie de Noé, le groupe des aventuriers embarque donc dans le tortillard qui doit nous conduire au point de départ de notre randonnée. Je n'avais jamais vu un train pendulaire. Maintenant je sais ce que c'est : pour sortir de la cuvette de Cusco, il alterne marche-avant et marche-arrière en changeant d'aiguillage à chaque fois, et grimpe ainsi le long de la pente. Autant dire qu'il nous faut bien une heure pour quitter la ville et nous engager dans la vallée de l'Urubamba. Il fait beau mais très frais. Le paysage est magnifique. Le spectacle dans le train n'est pas mal non plus : en face de MP et moi, est installé un "rasta-man" qui voyage avec trois japonaises, et tout ce petit monde n'arrête pas de changer de place et de se prendre en photo. Mais la question qui nous vient rapidement à l'esprit, c'est : "il sort avec laquelle". A priori, c'est du tout vu : la "Christina Yang" de l'équipe. Et si ce n'est encore fait, ça ne saurait tarder. Oui, ça c'est notre côté cancanières.

J11_AC_km82Le train fait un premier arrêt à Poroy, puis au kilomètre 82 qui est le point de départ du trek de quatre jours sur le chemin de l'Inca. Le vrai, celui que nous ne ferons pas. Nous sommes alors assaillis de colporteurs qui vendent chapeaux, bonnets, etc... De l'autre côté, on peut voir les porteurs qui s'activent pour le départ du trek, avec leurs charges disproportionnées accrochées au front ou aux épaules.J11_AC_km104 Notre arrêt à nous est au kilomètre 104. Au milieu de nulle part. Les contrôleurs passent dans les wagons pour nous prévenir de nous préparer à descendre comme si on devait sauter en marche. J11_AC_pontkm104Le train s'arrête quand même. Le marche-pied est haut, et un peu d'aide n'est pas de refus. Nous voici à l'entrée d'un pont sur l'Urubamba où nous attend Vilma, notre deuxième guide. De l'autre côté, nous devons faire valider nos passeports au point de contrôle. C'est que n'accède pas au chemin de l'Inca qui veut. Compte-tenu de l'affluence, le gouvernement a décidé de limiter les accès au site pour le préserver. Il nous a fallu nous inscrire tôt à la réservation du voyage, donner nos numéros de passeport, et ne surtout pas espérer pouvoir faire la randonnée sans guide. Mais on se demande s'ils n'exagèrent pas un peu quand même : on a l'impression de se faire contrôler à l'embarquement d'un vol aux Etats-Unis. D'ailleurs, certains passeports du groupe posent problème : les numéros  ne correspondent pas avec ceux de la liste... à moins que le gars ne sache pas lire ou se trompe de colonne. Pas doué... Certains en profitent pour faire une pause technique avant la grande aventure.

J11_AC_LaHautJ11_AC_ChachabambaPas plutôt partis que déjà arrêtés : peu après le point de contrôle, se trouve Chachabamba, un ancien village inca. Émouvante, la rencontre avec les premiers "vrais" vestiges de cette civilisation éteinte. Noé en profite pour nous parler de notre parcours et nous montre les terrasses, là-bas au loin sur la montagne, qui sont notre objectif. En route ! Machu Picchu, ça n'attend pas !
Le chemin à flanc de montagne est une succession de marches d'escalier en montée et en descente, parfois entrecoupées de passerelles en bois. Facile ? Celui qui a dit ça ne connaît pas la marche inca dont la hauteur peut varier de 15 à 50 centimètres. Et 15, c'est pas souvent. Il paraît qu'il y a environ 300 marches jusqu'à l'arrivée. On les compte toutes ou seulement celles en montée ? Parce que là, l'estimation me semble un peu légère. Malgré l'entraînement des jours précédents, j'ai un peu de mal à trouver mon souffle et mon rythme. J11_AC_pauseD'autant qu'on est en altitude et que le soleil tape fort sur ce versant. Le truc : ne pas laisser le palpitant trop accélérer, parce qu'il est très difficile de le faire redescendre ensuite, à cette altitude. Mouais. Ça, c'est la théorie. Mais en pratique, faudrait s'arrêter tous les 100 mètres. Heureusement, tous les 2 kilomètres environ, nous pouvons nous réfugier à l'ombre de petites cabanes prévues pour la pause. Et je suis pas la seule à apprécier. Anne a encore plus de mal que moi. Mais grâce aux conseils éclairés de Marylise, elle capte rapidement le truc : un pas régulier et pas trop rapide (surtout ne pas accélérer dans les descentes), souffler, et un bâton de marche pour s'aider. Paul quant à lui, fidèle à lui-même, a déjà fait l'aller-retour trois fois. Et MP ... elle, elle prend des photos de fleurs. C'est que tout va bien. De toute façon, je m'inquiète pas pour elle, vu qu'elle préfère le montées. Ca tombe bien. Comme moi je préfère les descentes (et oui, je préfère amortir des cuisses que pousser des mollets), on va pouvoir se répartir l'effort... Ah bon ? Ça marche pas comme ça ? Double nul !

J11_AC_WaynawaynaAprès une matinée d'effort, nous atteignons enfin Winay Wayna, le site que l'on voyait "là-bas,tout là-haut sur la montagne", au moment du départ. C'est un ancien relais inca avec une superbe série finale de... marches ! Mais aussi des réservoirs qui se déversent les uns dans les autres et les restes d'habitations. On se rapproche, et la tension monte. Derrière le relais, le deuxième point de contrôle. Ben faut comprendre : on approche de la Cité d'Or ! Noé nous annonce que nous avons exactement un quart d'heure pour manger, nous reposer et repartir. Et oui, c'est très strict : pas le droit de stationner sur les lieux plus d'une demi-heure ! Non mais, vous appelez ça des vacances vous ????
Là, il faut que je le confesse, j'ai fait particulièrement pitié à une américaine qui m'a gentiment proposé de la crème solaire pour mes mollets. Oui, ils ont l'air fluo comme ça, mais je vous assure, ça va ! Et j'ai ce qu'il faut ! Don't worry !

J11_AC_MarchesNoé a dit "La suite, vous inquiétez pas, c'est plat".
Définition du "plat péruvien" : des marches, mais un peu moins.
Allez, on va pas se laisser décourager maintenant ! On n'est pas loin, je le sens, et mon flair ne me trompe jamais - enfin, rarement -. D'ailleurs, voilà la porte de la Lune. Puis un peu plus loin, la porte du Soleil, qui est l'arrivée officielle du chemin de l'Inca, la porte d'entrée de Machu Picchu.
MP et les marcheurs aguerris sont déjà arrivés. Et malgré Paul qui nous fait la bonne blague du "c'est pas la peine de venir, y'a plus rien", je passe la porte non sans une légère appréhension. Je n'ai jamais été aussi proche de mon rêve d'enfant ...........................................................

Devant moi, Machu Picchu s'accroche à son pic dans la lumière du contre-jour. Waw ! Ça doit être le seul mot qui me vient à l'esprit. MP est assise sur une terrasse et contemple la ville en contrebas. Il paraît même qu'elle a pleuré. Le moment a quelque chose de magique. Finalement, ça valait le coup de souffrir toute la journée sur ce chemin.

J11_AC_MacchuPichu  J11_AC_MacchuPichu_2  J11_AC_GroupeMacchuPichu

Nous entamons bientôt la dernière partie de la descente pour entrer dans la cité. A cette heure-ci, les touristes ont déjà déserté le site, et nous avons la chance de découvrir la Cité Perdue en toute quiétude. Malheureusement, pas le temps d'en profiter trop, car il nous faut nous aussi rejoindre les derniers bus qui redescendent sur Aguas Calientes. Nous arrivons à la nuit tombée dans la petite ville qui ressemble à s'y méprendre à une station de sports d'hiver française, blottie dans sa vallée encaissée avec ses grands complexes hôteliers. On est bien loin de la zénitude de Machu Picchu. Allez, un dernier effort : notre hôtel, le Pachakutek est ... en HAUT de la rue ! Grrrrrrrrrrrrr ! Et comme par hasard, pour s'adapter à son environnement, il est plein de marches ! Ben tiens !
J11_AC_Chambre2Y'a juste un petit problème, dans notre chambre par ailleurs kitchissime : la salle de bain est fermée à clé, et on n'a pas la clé... MP contacte la réception, l'employé ne trouve pas la clé non plus ... Va falloir nous changer de chambre.J11_AC_Chambre Bon, je remets les chaussures, alors. Mais comme toujours, tout est bien qui finit bien. Et notre nouvelle salle de bain est tout aussi kitch que la chambre. Il y a longtemps que j'avais pas eu des froufrous partout.
Après un nouvel exercice de montée et descente de marches (vous auriez vu MP. Elle avait une de ces démarches ... Une vraie mamie... Mais elle s'en fout : elle a vu Machu Picchu !), nous nous retrouvons tous dans un petit restaurant un peu plus bas dans la rue, où nous pouvons enfin nous retaper devant une pizza et un bon petit dessert.

Je vais pas faire long feu, ce soir. Surtout que, devinez quoi ? Demain, on se lève tôt !