23 mai 2008
C'est n'importe quoi, ce projet...
"Le 16ème siècle.
Des quatre coins de l'Europe, de gigantesques voiliers partent a la conquête du Nouveau Monde.
A bord de ces navires des hommes avides de rêves, d'aventure et d'espace,
a la recherche de fortune..."
Ça vous dit quelque chose ? On doit avoir à peu près le même âge alors.
Pour moi, c'est là que tout a commencé, avec "Les Mystérieuses Cités d'Or". Outre le fait qu'à l'époque je rêvais d'être Zia, ou à défaut la grande sœur d'Esteban, ce fantastique dessin animé a éveillé en moi l'envie de découvrir à mon tour le Nouveau Monde, les Incas et leurs mystères.
Toujours, je gémissais devant les circuits, les tour opérateurs, les belles affiches ou photos... les prix, en désespérant de voir un jour Machu Picchu de mes yeux, et ce avant que la menace de fermeture pour cause de ravalement de façade qui pèse sur le site ne réduise mon rêve à néant. Oui, moi aussi, je voulais "voir le soleil souverain guider mes pas au cœur du pays Inca vers la richesse et l'histoire des mystérieuses Cités d'or"! toudoudoudou Les Cités d'Or.
Jusqu'au jour où ce post est arrivé sur le petit forum que je fréquente assidument comme une drogue depuis quelques années déjà :
- Quelques photos de notre voyage au Pérou
Moi, bien sûr, je bavais dans mon coin depuis longtemps. Mais apparemment, j'étais pas la seule.
Réponse de MP :
- Ça tenterait quelqu'un, un voyage au Pérou?
- Preeeeeeeeeeem's !
Et voilà Grand Chef MP qui s'en va rêver sur le net à la recherche de circuits et qui finit par nous en dégoter un chez Viventura.
- Ouais... Bon, ben va falloir faire des économies.
- Dans 2 ans ?
- Ça peut le faire...
- Vendu !
- Qui vient ?
Ça y est, il y'en a déjà qui se sont dégonflées. Mais après tout, les aléas de la vie et les priorités, c'est comme les goûts et les couleurs. Nous voilà donc deux embarquées dans cette sombre histoire. Pas parce qu'il fait nuit, notez bien. Mais je songe déjà à l'obscure et insondable profondeur du vide de mon porte-monnaie une fois que tout mon 13ème mois y sera passé. Mais bon : c'est pour la bonne cause.
Janvier 2008, on est inscrites, on a payé l'acompte, cette fois, on ne peut plus reculer.
Le voyage va nous conduire sur la côte péruvienne et dans la cordillère des Andes, puis en Bolivie et au nord du Chili.
Estebaaaaaaaaaaaaaan ! J'arriiiiiiiiiiiiiiiiiiiive !
PS : Cher lecteur, les opinions et avis émis sur ce blog n'engagent que moi. Si l'un d'eux "t'interpelle", n'hésite pas à me laisser un commentaire ou une remarque. Pareil, même si tu n'as rien de plus à me dire que "C'est génial!" Merci.
PPS : C'est un peu les mêmes histoires que sur le blog de MP ? Normal : on a fait le même voyage. Ne nous en voulez pas trop.
24 mai 2008
Jour J - J01
Samedi 26 avril 2008
Ca y est, le grand jour est arrivé. Aujourd'hui, MP et moi nous envolons pour l'Amérique du Sud après des jours de préparation...
- Je prends quoi ? Ma valise ou mon sac à dos ?
- Et toi, tu prends combien en argent ?
- Tu crois qu'il vaut mieux des dollars ou des euros ?
- T'as fait la fièvre jaune ? - Ouaip, ça y est. Mais j'ai encore mal au bras. Et j'ai fait la typhoïde en plus. - Ah ouais ? Je vais peut-être le faire aussi, tiens.
- Tu crois qu'il va être bien le groupe ? - Ben ça a l'air. Ils ont quel âge, à ton avis ?
- Tu penses à réserver le taxi ?
- Tu prends quoi comme chaussures ?
- T'emmènes ton puppet ? Moi je sais pas encore. Je verrai en fonction du sac.
- Tu prends du savon ou du gel douche ?
- Tu prends quoi comme médicaments ? - Le médecin m'a fait une liste... faudrait presque un sac rien que pour ça ! - Mouais... va falloir élaguer un peu.
STOOOOOOOOOOOP ! C'est fini tout ça ! On est sur le départ là !
5h45 : Il fait encore nuit, mais le taxi est pile à l'heure. Nous passons prendre MP et filons sur Orly Ouest. Normalement, on a tout. Nous sommes excitées et impatientes malgré l'heure matinale ("le plus difficile, c'était surtout de se lever à 5 heures du matin !"). Et non, je n'ai pas pris d'amphéts. C'est peut-être pas le cas de la dame derrière nous à l'enregistrement, qui semble super pressée et nous colle. Oui bon, ça va maintenant. L'avion n'ira pas plus vite pour autant. Vous voulez pas descendre pour pousser, des fois ? Ces parisiens, je vous jure... Pour nous, tout se passe bien, l'hôtesse nous remet nos billets Paris-Madrid et Madrid-Lima et enregistre nos bagages. MP n'a pas beaucoup de marge jusqu'aux 20 kilos de limite, mais moi, ça va. Je me suis pas trop mal débrouillée, sur ce coup-là. Le passage de la police est une formalité, et nous voici attendant l'embarquement et savourant une eau plate ... à 2 Euros ! Il y a de l'abus, quand même.
En attendant le départ, nous identifions quelques-uns de nos futurs compagnons de voyage : Agnès et Jean-Michel (qui a bien un bonnet rouge, mais n'a pas mis son maillot de bain sur la tête comme annoncé), ainsi que Isabelle, Alain, Marie-Rose et Anne, le quatuor alsacien.
On a 2 heures de vol jusqu'à Madrid, avec peu de place pour les jambes et nécessité de recourir au porte-monnaie pour boire ou manger ("Iberia c'est nul" dixit MP). Alors je dors un peu.
Arrivés à Madrid, il nous faut rejoindre le terminal international, ce que nous faisons tranquillement et les doigts dans le nez, ce qui fera dire à Jean-Michel qu'on est TROP fortes (enfin, c'est comme ça que je l'ai interprété ;o) En plus, il n'y a pas de contrôle de police, et ça c'est cool. Le vol va être long, alors je file m'acheter un Sudoku espagnol pour lequel il faut que je montre ma carte d'embarquement comme si je faisais le plein de vodka ! Mais le plus dur, c'est encore de faire comprendre que je voudrais aussi un stylo. Ok, j'ai pas encore assez bossé mon espagnol.
L'avion décolle avec un tout petit quart d'heure de retard, et là, nous assistons au florilège "Iberia Team" : le steward a la tête de Jean-Pascal (vous savez, LE JP de la Star Ac'), l'une des hôtesse ressemble à une vieille prof d'espagnol revêche et nous agresse à chaque fois qu'elle passe avec son plateau en criant "Mas té ? Mas café ?" Oui, c'est bon, je vais en reprendre. Pas la peine de s'énerver. Et l'autre cocotte le déodorant "WC fraîcheur Marine" à chaque fois qu'elle passe à côté de nous. C'est pas du Chanel Duty Free, qu'elle porte, celle-là. Ceci-dit, elle est gentille. Mais bon "Iberia, c'est nul". Enfin, MP, au final elle s'en fout : au programme de la vidéo, il y a George.
Il ne fait pas encore tout à fait nuit lorsque nous touchons enfin le sol Sud-Américain tant convoité. A ce moment-là, avec MP, on a encore les yeux à peu près en face des trous, et puis il y a l'excitation.
Nous arrivons à nous faufiler pour passer assez rapidement le contrôle d'immigration. Pour moi, ça passe nickel (Hé non ! Je ne vous ferai pas ce plaisir, mauvaises langues) ; il y a juste un petit blanc quand le gars me demande combien de jours je reste. ... euh, attendez, faut que je compte. Et POUR UNE FOIS, j'attends MP : d'abord c'est son passeport qui n'est pas lisible par la machine, et ensuite, elle a inversé nom et prénom sur la fiche d'immigration. Mais bon, les péruviens sont sympas, c'est bien connus. Nous récupérons également nos bagages sans encombre, changeons un peu d'argent et passons la douane. Là, sur le coup, j'ai pas tout compris : il faut appuyer sur un bouton, il y a un feu qui s'allume. Moi, il est vert, alors je passe. Ce n'est qu'après qu'on m'a expliqué : si c'est vert, tu as du bol (YESSSSSS !). Si c'est rouge, tu es bon pour l'ouverture de valise.
De l'autre côté, dans le hall de l'aéroport, c'est plein de gens avec des pancartes, qui demandent si on veut des taxis. Nous, notre taxi, il est censé avoir une jolie pancarte verte marquée Viventura. Ca y est ! Je le vois !
- Bonjour, je suis Marion.
La jeune femme me serre la main, sauf que ... sa pancarte est en allemand. Et puis il y a MP qui dit bonjour à quelqu'un d'autre. Ben oui, les français, c'est par là : notre guide à nous, c'est Selman. Le temps que tout le monde se retrouve et se regroupe, je file acheter ma première "botella de agua sin gas, por favor"
- Ah bon, on dit botella ?
- Ben je crois... en tout cas, elle a compris, et c'est le principal.
Puis nous découvrons notre joli bus bleu baptisé Bruce, et Ricardo, notre chauffeur, qui nous conduit vers notre hôtel en plein centre de Lima à travers les rues pas mortes du tout. Waw ! Lima le soir, c'est ... indescriptible. Tout à coup, j'ai l'impression de me revoir au Caire. Il y a du monde partout, des voitures partout, des trottoirs défoncés, ou carrément pas de trottoir, des bus dans tous les sens, du bruit, de la musique, des klaxons... MP qui est installée côté fenêtre, essaie de ne pas trop regarder ce qui se passe dehors : c'est que les voitures et les vans passent plutôt très près. Si si, ça passe. T'inquiète. Un coup de klaxon et le tour est joué.
Il fait nuit, et nous découvrons le centre-ville illuminé, avec sa place d'armes, sa cathédrale. Enfin l'hôtel. Nicolas, notre guide, est là pour nous accueillir. il est arrivé un peu plus tôt avec Paul et Marie-Lise qui ont fait une semaine dans le nord du Pérou. Nous récupérons nos chambres, montons nos bagages... c'est là que MP a commencé à se dire qu'il allait falloir trouver une tactique pour son sac. Parce que les roulettes dans les escaliers... c'est pas encore ça. La chambre et sympa, sauf que ... ah ouais, question isolation phonique, il y a encore quelques progrès à faire. T'es sûre que la fenêtre est fermée ? Et il y a des vitres ? Bon, tant pis.
Après un petit brieifing "sécurité spéciale touristes", Nico (Oui, ça y est, on l'appelle par son petit nom, maintenant) nous emmène manger sur une jolie place piétonne. Un petit air de parano flotte sur le groupe, et tout le monde ou presque s'agrippe à son sac et regarde les passants d'un air méfiant. Enfin, moi en tout cas, je me méfie. A table, la grande question reste "comment mettre mon sac pour ne pas me le faire piquer". Ca commence bien. Allez, pour se décontracter, Pisco Sour pour tout le monde ! C'est la boisson nationale. Ca a l'air pas mal... sauf la cannelle ... et le blanc d'œuf aussi... Finalement, je vais faire l'impasse.
Au menu, brochettes de cœur de bœuf ou poulet-frites (pollo con papas pour les intimes). Il est 20 heures, soit 3 heures du matin à Paris ... C'est un peu tôt pour le cœur de bœuf. MP tombe de sommeil, et ça se voit. Moi j'ai encore un peu de ressources, mais je ne suis pas loin derrière. Nous décidons donc de rentrer nous coucher tandis qu'une partie du groupe s'en va faire un petit tour à pieds, ce qui fait dire à certains que les jeunes ne sont vraiment pas résistants.
OK. On en reparlera à la fin du voyage...
25 mai 2008
J'aime pô la cannelle - J02
- T'as dormi, toi ?
- Euh ... bof. Et toi ?
- Euh... bof.
Et oui, toute la nuit, ça a défilé sous les fenêtres, tous klaxons dehors et radio de l'imprimeur d'en face à fond les ballons, et on a eu droit au florilège du meilleur (ou du pire) de la musique péruvienne des 100 dernières années. Alors je pose la question : "Où était Flavie Flamant ???" On se demande. J'ai juste eu un sursaut un peu plus violent quand on est passé de la guitare latino à Glenn Medeiros (Mon Dieu, c'est vrai ! J'avais oublié qu'il avait existé celui-là). Bref, dans l'ensemble, la nuit a été plutôt agitée. Je crois même que j'étais dans la salle de bain avant que le téléphone ne sonne à 6 heures pour nous réveiller.
Au petit-déjeuner, c'est thé ou café. Et en thé ? Cannelle ou cannelle. Avec Gérard, on est du même avis : on va plutôt prendre camomille. Va falloir que je trouve un plan B pour les petits-déjs, moi.
Cécilia, notre guide du jour est arrivée, et nous partons à sa suite, à pieds à la découverte de Lima, non sans les dernières recommandations es-sécurité de Nico. Il fait beau et bon, et la ville est un peu plus calme que la nuit précédente.
C'est bien agréable de découvrir en flanant l'église Santa Rosa, la Poste, le Palais du Gouvernement (et ses blindés),
la Plaza Mayor (ou place d'armes). Cécilia nous conduit derrière le palais jusqu'au pont sur le fleuve Rimac, fleuve qui aurait donné son nom à la ville après maintes déformations, d'où nous avons un panorama sur les collines couvertes des quartiers pauvres qui entourent la ville. De l'autre côté du pont, c'est le quartier du Rimac.
Il paraît qu'il y a des choses à voir là-bas, mais on ne peut pas y aller. Trop dangereux. Nous retournons donc vers le centre pour visiter l'église San Francisco et de ses fameuses catacombes. Que d'os, que d'os... (OK, je sais, elle est nulle)
De retour à la place d'armes, nous pouvons admirer la cathédrale qui abrite, parmi ses nombreuses chapelles, celle dédiée à Francisco Pizzaro, et le palais de l'archevêché. Au fait, les piliers de la cathédrales, ils sont en bois. Si si.
MP en profite pour sortir subrepticement Kidou, son petit passager clandestin, le temps d'une photo souvenir. Visiblement, elle n'assume pas trop son "homme". Serait-ce une question de taille ? Pffff.
Revenus à l'hôtel nous chargeons notre barda dans le bus et comme il faut bien que je me fasse un peu remarquer :
- Quelqu'un a vu mon chapeau ? Je l'avais laissé sur mon sac à dos.
- Il est comment ?
- C'est un australien (merci petit frère).
- On l'a mis dans le réduit avec les sacs.
Ça y est, tout le monde a remarqué mon beau chapeau. Ça, c'est fait. ;op
Il est temps d'embarquer pour Miraflores, le quartier moderne de Lima dont les falaises dominent l'océan. Nous descendons au parc de l'amour, où se retrouvent bien évidemment tous les amoureux limeños... et y'a qu'à regarder autour de soi, ça se voit qu'ils sont amoureux, ici. Ça se bécote dans tous les coins, ou alors ça se regarde dans le blanc des yeux à qui mieux mieux. D'ailleurs la statue montre l'exemple.
Entre nous, je la trouve sacrément moche, cette statue. Vu que j'ai pas d'amoureux sous la main, ce que j'aurais bien fait moi, c'est un tour en parapente. Et puis finalement ... non.
C'est qu'ils passent drôlement près, quand même. Et comme on n'est qu'au début du voyage, ce serait bête qu'il arrive une bricole. Tant pis, en désespoir de cause, on va aller mater les surfers avec une petite pensée pour H.
Nous faisons un nouvel arrêt à Barranco, le quartier bohème, puis au supermarché pour les achats vitaux (plan B : du thé à l'orange) avant de quitter la grande ville civilisée par la route Panaméricaine.
Très vite, le paysage se transforme en un immense désert sans un arbre à l'horizon, mais sur lequel se multiplient maisons inachevées et petites cabanes. Ce sont les Pueblos Jovenes : les bidonvilles construits au fur et à mesure que les gens arrivent de l'Altiplano dans l'espoir de vivre mieux grâce à la ville. La plupart du temps, il n'y a absolument rien, sur ces terrains, sauf ces minuscules cabanes.
Nico et Selman nous expliquent qu'au bout de deux ou trois ans, l'état finit par leur amener l'électricité et le terrain leur appartient. Ils construisent alors en dur avec les moyens dont ils disposent, en espérant pouvoir un jour faire mieux. Voilà pourquoi sur la plupart de ces maisons, les ferailles destinées au futur étage sur le toit, servent en attendant à étendre le linge. Un arrêt express sur le bord de la Panaméricaine nous permet de récupérer notre pique-nique.
Enfin, pique-nique... Moi, je m'attendais à un ou deux sandwichs, un fruit et une bouteille. Que nenni. Ce midi, nous déjeunons chez Carmencita, avec vue imprenable sur l'océan. Il s'agit d'une sorte de paillote sur la plage de Punta Negra, où on nous a dressé une table.
Au menu, pollo évidemment, avec du riz aux légumes et piments, et quelques pommes de terre, évidemment aussi. L'occasion d'apprendre qu'au Pérou, on possède plus de ??? sortes de pommes de terre, et quelques ??? espèces de maïs non transgénique. Pour les chiffres exacts, merci de vous renseigner auprès de Selman. Moi, tout ce que j'ai retenu, c'est que ça faisait beaucoup. Pour le dessert, ce sera riz au lait aromatisé cannelle et clou de girofle... Gérard, tu veux ma part ? Allez, c'est pas si terrible. Une fois écartée la cannelle, on a juste l'impression de sortir d'une séance chez le dentiste. Mais ce petit inconvénient mis à part ... Oui, ben c'est décidé, j'arrête les desserts.
3 heures de route plus tard, nous voilà à Paracas, dans un petit port durement touché par le tremblement de terre de 2007.
Le village est en pleine reconstruction. Notre petit hôtel est magnifique, tout blanc, tout neuf. Y'a juste un hic : avec MP, nous héritons de la chambre au dernier étage, avec escalier genre échelle de meunier
qui mène à la terrasse laquelle conduit après deux autres volées de marches à un joli petit patio débouchant sur notre chambre, fort agréable et confortable au demeurant. Et calme. Arrête de psychoter, MP. D'ailleurs, tu dois être contente, pour ton sac, non ? Avec le sac à dos, moi ça passe, à condition de pas se casser la figure dans l'escalier.
Nous dînons tous ensemble dans un petit restaurant du bord de mer, lui aussi remis sur pieds depuis peu.
Apprentissage de la règle de base du restaurant Sud-Américain : quand le plat arrive, mangez. Si vous attendez que tout le monde soit servi, il y a de fortes probabilités pour que vous mangiez froid. D'autant que vu le chantier, nos restaurateurs font avec les moyens du bord. Et ils se débrouillent plutôt bien. En tout cas, les poulpes ne sont pas mauvais du tout. Ah, je sens que cette nuit, on va bien dormir.
30 mai 2008
Gloups ! Ca bouge ... - J03
Une bonne nuit de sommeil réparateur, il n'y a que ça de vrai ! D'autant qu'il vaut mieux être en forme, car ce matin, on va voir ....
- Non, pas les vaches. Essaie encore.
- Non, pas les baleines non plus, mais on se rapproche.
Eh oui, aujourd'hui nous allons aux îles Ballestas
voir la faune du coin. Nautamine de rigueur (la dernière fois avec les baleines, ça m'a pas trop réussi). Nous embarquons de bonne heure sur le Luis Esther, et revêtons nos superbes gilets de sauvetage orange. Il paraît que j'ai un look d'enfer qui va me valoir la Une du journal de bord. Notre guide s'appelle Carlos et parle français. Ça, c'est cool.
La mer est pleine de ces petits bateaux de promenade de 30 places. Évidemment, nous ne sommes pas les seuls touristes. Mais les pilotes savent prendre la vague et se positionner pour ne pas gêner ou être gênés. Qu'est-ce qu'on est gâtés. Nous faisons une première pause photo face au Candélabre, une énigme de l'histoire assez semblable aux lignes de Nasca, tracé paraît-il par la civilisation Paracas. Puis le bateau entame le tour de l'île pour nous permettre d'observer les centaines, voire milliers d'oiseaux (fous, pélicans, sternes, cormorans, ...),
les petits manchots de Humboldt et les familles de lions de mer qui ont élu domicile sur ces rochers. C'est assez bruyant, très blanc à cause du guano, et ça sent bien fort aussi. Chapeau de rigueur pour éviter le shampoing. L'île est protégée, mais il y a tout de même des bâtiments pour les gardiens, et des sortes de pontons avec échelle de corde dominant la surface de l'eau d'une bonne quinzaine de mètres. A bien y réfléchir, ça a quand même un petit air de l'île du Diable, cet endroit. J'aimerais pas y passer mes journées. Mais la balade est très agréable, sous le ciel bleu et le soleil, et c'est plutôt marrant de voir les lions de mer se dorer la pilule au soleil ou jouer dans les vagues.
De retour à l'hôtel, il faut déjà recharger le bus, car nous partons maintenant visiter la réserve nationale de Paracas, en compagnie de Julio, autre guide du coin. Y'a pas à dire, c'est assez ...
désertique. Mais le plus impressionnant reste tout de même les falaises où les marques du dernier tremblement de terre sont encore visibles : de longues failles entaillent la roche, et certains points de vue sont désormais interdits d'accès. Il paraît qu'ils peuvent tomber à tout moment.
Nous, on reste prudents, ce qui n'est pas le cas de tous les touristes qui font la visite. Quelle est la nationalité qui accuse le plus grand pourcentage de pertes en vacances, déjà, Nico ?
Sur le site, la plus grande perte déplorée est celle de la cathédrale : une arche rocheuse qui faisait sa renommée et s'est effondrée lors du séisme. Il paraît que sous l'arche on pouvait faire entrer une cathédrale. CQFD.
En passant par la superbe plage de sable noir de Yumaque, puis par une magnifique plage de sable rouge - d'où la dénomination de "Plage Rouge", à ne pas confondre avec "Place Rouge" qui elle est à Moscou (si vous ne savez pas où est Moscou, merci de réviser votre géographie. Moi, je suis pas là pour ça) -, la "route" descend ensuite vers Lagunillas - ce qui signifie "Petite Lagune" -, petit port de pêche qui fut entièrement rasé par le tsunami qui suivit le séisme de 2007. Les traces sur le sol laissent deviner jusqu'où l'eau est entrée dans les terres. Des carcasses de bateaux et des morceaux
de bois témoignent encore de ce drame, tout comme les ruines de maisons à Lagunillas. Les autres sont en reconstruction : la vie continue.
Nous déjeunons au restaurant El Che, de délicieux ceviches (poisson cru et fruits de mer marinés dans du citron et du piment. Ou sans piment, aussi. Je préfère). C'est vraiment excellent, et complètement différent du poisson cru à la tahitienne. Même pas le temps de s'endormir, car il est déjà l'heure de repartir vers Ica. Tant pis, la sieste on la fera dans le bus, vu le temps qu'on va y passer. Et puis à l'arrivée, il faut être en forme : on a prévu d'aller faire un tour de buggy dans les dunes, et du surf des sables.
Là, les questions fusent :
- Ça secoue vraiment ? (sous-entendu : après la balade en mer de ce matin, est-ce raisonnable pour mon estomac ?)
- C'est vrai qu'il vaut mieux pas faire de buggy si on a le dos fragile ? (Zut ! Ça m'arrange pas ça.)
- Il paraît qu'il vaut mieux mettre des fringues qui craignent pas, mais on fait comment si on n'a que des vêtements neufs ? (Ben oui, j'ai été obligée de refaire toute ma garde-robe une taille au-dessus avant de partir. Fin de la parenthèse 36 15 mylife).
- On pourra conduire le buggy ?
Ça, c'était AVANT de voir l'engin : un monstre à 8 places + le pilote, tout en grosses roues tout-terrain et en tubulures. Comme on ne vit qu'une fois, j'ai décidé d'y aller quand même. Et si c'est si terrible pour le dos, ben il y aura toujours Mondial Assistance.
Et puis, en fin de compte, on va laisser faire le chauffeur.
Nous embarquons donc armés de nos indispensables lunettes-de-soleil-anti-grains-de-sable-dans-les-zoeils, et nous nous laissons sangler dans nos fauteuils de façon à ne pas trop décoller. C'est parti pour les dunes ! Ça y est, ça accélère. Et puis ça monte. Oh oh ! De plus en plus ! Il va pas aller là quand même ?! Ben si ! Aaaaah ! Mais pourquoi il tourne ? Naaaan ! Pas la descente ! En fait, passée la première surprise, on s'y fait plutôt pas mal. Avec MP, on a l'impression d'être sur une super montagne russe et on hurle à s'en faire péter les cordes vocales. Ça va les tympans, Paul ? Y'a pas à dire, ça fait du bien : ça destresse, ça libère, tout ce que vous voulez. L'éclate totale. GE-ANT ! Encore ! Encore ! On dirait des gamines sur un manège. Hihaaaaaaaaaaaa !
Et puis le buggy s'arrête au milieu des dunes ... Ah oui, au fait, qui n'a pas vu les dunes d'Ica n'a rien vu. Les Dunes de l'Espiguette, à côté, c'est du crottin de musaraigne. On s'est même demandé qui était la plus grande entre celles-ci et la Dune du Pila, et je pense que Ica remporte la palme, même si MP n'en est pas tout à fait sûre. En même temps, j'ai jamais vu de près la dune du Pila.
Bref, nous sommes au milieu d'une étendue sans fin de dunes, avec le jour qui décline, et à nos pieds, une pente. Oh la vache ! Elle est raide celle-là. C'est là-dessus qu'on doit surfer ?
Réaction unanime des filles : "Euh ! Ca va pas la tête ?"
La piste noire direct. On peut pas commencer sur une verte ? Ou la piste Mickey, moi ça m'irait bien. Que nenni. Nico ne l'entend pas de cette oreille :" C'est facile !" lance-t-il en se jetant dans la pente à plat ventre sur une planche. Facile ... si je me souviens bien, il a été moniteur de ski, LUI. Il chercherait pas à nous en mettre plein la vue, par hasard ? Paul et Alain ont l'air quand même décidés à essayer, le premier chausse le surf pour descendre debout, tandis que le second essaie la position allongée sur un bout d'une autre dune. En bas, Nico nous fait des grands signes. Et moi, ben je me tâte. D'un côté j'aimerais bien essayer, de l'autre ... comment dire ? Ben ça fiche la trouille quand même. J'ai jamais été très téméraire, moi. Même le Niagara, le grand toboggan d'Aqualand, il m'a fallu des années avant d'oser l'affronter. Ça y est, Paul descend tout en dérapage. Et Alain, lui, en tout schuss.
Bon, y'a pas de raison. Si Alain y va, je peux bien le faire aussi. Après je vais le regretter toute ma vie. D'autant que MP chez qui je cherchais un peu de soutien vient de me dire "Si tu le fais, je le fais". Ah ouais, bonjour le soutien !
Me voilà donc sur la planche, tête en avant, les coudes repliés sous moi. Nico a dit : "si ça va trop vite, tu freines en plantant les pieds dans le sable." Pas besoin de me le dire deux fois ça. Et là, le type du buggy m'a poussée !
Ouaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !
Ça a juste décollé un peu quand je suis passée sur la seule bosse à la ronde, ce qui me vaudra un petit bleu au genou,
mais sinon ... Waw ! J'ai même été plus loin que Nico et Alain ! Et c'était excellent. Je veux le refaire ! Voilà MP qui arrive à son tour, telle une torpille. Yes, on l'a fait ! On est un peu pleines de sable jusque dans les poches, mais on est TROP fières ! La meilleure, ça a quand même été Anne : elle, elle n'a pas freiné du tout, et du coup, elle a explosé les records de distance.
Le buggy nous récupère, et nous reprenons la balade, avec une nouvelle halte sandboard, puis il est temps de rentrer car la nuit tombe - le coucher de soleil sur les dunes, c'est beau ... allez ... - Nous arrivons en vue de l'oasis à la nuit, et la vue sur ses lumières est magnifique.
Ce soir, douche obligatoire pour tout le monde : faut évacuer le sable. Puis apéro au bord de la piscine de notre charmant petit hôtel au milieu des dunes pour se remettre de nos émotions. Le pisco sour sans cannelle, c'est bon. Mais c'est traître. Je marche droit, là ? Ce soir, on a décidé d'aller à pieds à la pizzeria qu'on a repéré en passant. Nico dit "C'est par là", mais moi, il me semblait bien que c'était plutôt par là. J'ai reconnu les arbres taillés en étoile. Et toc ! N'importe quoi ce guide. Pas le sens de l'orientation pour 2 sous (Aïeuuu ! Pas sur la tête).
A la pizzeria, je crois qu'on a chassé les anglais qui s'étaient installés. Le patron joue franc-jeu et nous annonce que comme on est nombreux, ça risque d'être long, car il ne peut faire les pizzas que deux par deux. Du coup, nous décidons de prendre plusieurs pizzas familiales qu'on se partagera, et étudions la carte en tentant de mettre tout le monde d'accord. Jean-Jacques voudrait une pizza aux anchois avec des câpres... En plein désert péruvien, pas compliqué du tout, ça. Non. On se rabat donc sur des classiques. C'est plein de fromage, ça dégouline, c'est mmmmmmmmm. En tout cas, le repas, est animé, et ça c'est bien sympa.
- Au fait, MP, on avait dit quoi sur le groupe ? Semble sympa ? On valide ?
C'est notre dernier mot, Jean-Pierre.
01 juin 2008
Bon sur toute la ligne - J04
Mardi 29 avril 2008
Nous quittons notre havre de paix de Ica sur le coup 8h30 (Pour l'instant, Nico est content : on est à l'heure tous les matins) pour une bodega, ou distillerie de Pisco :
"El Catador". Si vous avez appris votre leçon, vous savez déjà que le pisco est la boisson nationale péruvienne, et sert à confectionner cet étonnant cocktail : le pisco sour. Donc, ici, on cultive la vigne, puis on fabrique le vin puis l'alcool qui vont donner les différentes déclinaisons du produit, de la plus légère à la plus costaud.
Le cadre est très agréable, la méthode intéressante. Par contre, pour l'odeur et les moustiques, faudra repasser. Beurk ! Le côté sympathique de la visite, c'est qu'on termine par une dégustation des fameux produits, en allant crescendo, bien sûr. Moi, je suis une petite joueuse : je m'arrête au 3ème; c'est qu'après, on est censé faire de l'avion, et je m'en voudrais d'être malade. MP, elle, tient jusqu'au bout. Peur de rien, depuis qu'elle a dévalé la dune à plat ventre.
Nous avons maintenant 2 heures de route jusqu'à Nasca. Nico en profite pour faire le point : la veille, un nouvel incident avec un avion (il a dû atterrir sur la route suite à un problème technique) a contraint Viventura à prendre la décision de ne pas assurer le survol des lignes de Nasca : l'agence déconseille à ses clients de faire le vol prévu, et propose de les rembourser, et ce bien que la compagnie avec laquelle ils travaillent vienne d'avoir un nouveau OK de l'aviation civile et n'ait jamais eu d'incident. Si nous voulons voler quand même, c'est désormais sous notre pleine et entière responsabilité. Avec MP, on a eu le temps d'y réfléchir, et on en a conclu que ça valait quand même le coup. Après tout, on ne reviendra pas de sitôt. Seuls Marie-Thérèse et Jean-Jacques, et Mireille et Gérard ont décidé de renoncer. Christine se tate toujours, mais pas pour les mêmes raisons : est-ce que l'estomac va tenir le coup ? En effet, il y a du vent aujourd'hui, et là-haut ça doit bouger pas mal. Moi, j'ai prévu le coup : Nautamine, mon amie (je vais peut-être leur demander une petite participation pour toute la pub que je leur fais, moi).
Afin de se préparer à ce que nous allons voir, nous faisons un premier arrêt à la tour d'observation qui permet de contempler deux des figures : "l'arbre" et "la main". La tour, c'est haut. Et puis ça tangue. Forcément, puisqu'il y a du vent. Ne pas regarder en bas pendant la montée. Ne pas regarder en bas... les lignes de Nasca, c'est pas trop ce que j'imaginais. Je pensais que c'était beaucoup plus visible que ça. Comme quoi, on peut faire beaucoup de choses avec un bon logiciel de retouches photos.
A l'aéroport, on fait les groupes. Avec MP, nous passerons en dernier. Et comme Christine n'est pas encore tout à fait décidée, elle fera partie de notre convoi si elle veut venir. L'arrivée d'un groupe de touristes descendant de l'avion n'est pas fait pour la motiver : ils racontent qu'il y a beaucoup de vent, que ça bouge énormément là-haut et qu'ils sont vraiment à la limite d'être malades. Et puis elle finit par se décider : go ! On nous appelle enfin pour embarquer dans un petit avion de quatre places. MP est sympa : elle me laisse faire co-pilote... d'autant que le pilote est plutôt "cute" ;o) Même que c'est un ancien de l'Air Force péruvienne. C'est dire si on est en sécurité. Nous nous installons, mais ce n'est qu'un faux départ : on n'a pas la clearance pour décoller :
trop d'avions sur le site. Il va falloir attendre vingt minutes. MP en profite pour causer avions avec le pilote (elle a été pilote dans une autre vie, elle aussi). Et puis nous voilà repartis. Moi, je trouve que c'est excitant. Décollage sans histoire. Vu d'en haut, c'est beau. Nous approchons du site, et le pilote entame sa série de virages sur l'aile super serrés, tout en nous désignant les différentes figures. Que dire, à part WAW !
Ah, on n'entend plus Christine. Ca va Christine ? Bof ! Un peu pâlote. Mais elle tiendra le coup jusqu'au bout. Une petite photo souvenir en plein vol, et nous voici déjà de retour sur le plancher des lamas. On n'attendait plus que nous pour aller déjeuner. Il faut dire qu'il est déjà 16 heures ! Nous débarquons donc dans un restaurant de Nasca où je goûte au chicharron (fritures), car il n'y a plus de crevettes. Là, nous avons droit à la traditionnelle sérénade par un groupe de musique traditionnelle qui a bien failli faire perdre la tête à Agnès, au point d'en effacer son survol de lignes pour les filmer. Mais elle jure bien qu'on ne l'y reprendra plus. Quant au patron, il a essayé de nous refaire de notre monnaie, Anne et moi, mais on veillait au grain.
Nous repartons vers les aqueducs de Cantalloc en récupérant au passage Orlando, notre nouveau guide. Celui-ci est passionnant et connaît bien son sujet. Les fameux aqueducs constituent un réseau de canaux souterrains aux parois faites d'énormes galets, construits à l'époque des indiens Nasca pour irriguer la vallée, et débouchant sur des réservoirs. A intervalles réguliers, un "regard" permet d'y accéder pour la maintenance. Ils sont toujours entretenus de nos jours et utilisés par les paysans pour leurs cultures. Eux au moins, ils ont tout compris : pourquoi ré-inventer la roue ?
Notre dernière halte sera pour Toby, un potier-céramiste de Nasca qui a étudié la façon de faire de ses ancêtres et reproduit aujourd'hui les œuvres d'antan. L'homme est très sympathique et sait captiver son public. Il est même assisté d'un faucon femelle qu'il a baptisé Julia Iglesias. Mon premier achat du voyage (il était temps !) sera donc pour Toby (non, je ne ramène pas le faucon) : une jolie petite céramique représentant les lignes de Nasca.
Il est temps de rejoindre notre hôtel... C'est par là ? Sûr ? Il faut dire que la route ... pardon, le chemin est assez cahoteux, manque de largeur et également de hauteur. On nous conduirait dans un guet-appens que ça ne m'étonnerait pas. Et pourtant, ce joli petit hôtel est bien là, au bout : le Fundo San Marcelo. Et la bonne nouvelle du jour, c'est que toutes les chambres sont au rez-de chaussée. Yeeepeeeeee ! Et puis on nous annonce qu'on va nous amener nos bagages. C'était bien la peine. Enfin ... celui de MP est resté en plan à la réception, et le mien a été abandonné un peu plus loin sur le passage. Comme je commence à le rapatrier, un employé vient finalement à mon secours. Il le pose dans la chambre, allume la lumière, et moi, de peur des moustiques et ne trouvant pas l'interrupteur, je claque la porte.
- Euh ... MP ... tu as la clé, au fait ?
- Tu as fermé ?????
- Réflexe. Désolée ... Comment on dit clé en espagnol ?
Après une douche hasardeuse - ça deviendra d'ailleurs l'interrogation récurrente de ce voyage à chaque fois que nous investirons une chambre : "Elle est comment la douche ?" - je file faire un tour sur internet. Mauvaise idée : me voilà à rédiger le journal de voyage pour le site de Viventura. C'est déjà bien avancé, lorsque mon écran donne des signes de faiblesse, et pfiut ! Il s'éteint le #@*&$# !!! L'employé arrive et ni une ni deux : "dans le doute, reboote". OK, j'ai plus qu'à recommencer. Heureusement, je suis sauvée par le gong. Enfin, par le repas. Ce soir, nous allons goûter à la pachamanka : cuisine traditionnelle dans un four traditionnel creusé dans la terre. Au menu, des tas de choses : patates douces, patates, maïs, une autre sorte de patate ressemblant à de la carotte, purée de maïs cuite dans une feuille de bananier, fromage, poulet, bœuf. Et moi, bien évidemment, je veux goûter à tout. Sauf à la sauce rouge : celle-là, elle arrache un max. Pareil pour la chicha morrada, cette boisson typique faite de maïs rouge sucré. Mais mon odorat ultra sensible a détecté la cannelle d'ici. Je vais encore me faire un repas à l'eau.
Après le repas, je me remets rapidement au journal de voyage, et là ... micro-coupure de courant. Le PC reboote. Ca y est, ma réputation a passé les frontières : oui, la fille qui les accumule, c'est moi. L'occasion de faire un petit coup de pub au club des "Pourquoi moi ?" que nous avons fondé avec ma copine Lolotte. Mais je le finirai, ce journal ! Un dernier petit coup d'œil aux photos de Nico, et au dodo.
10 juin 2008
Los baños, por favor ? - J05
Mercredi 30 avril 2008
Très dur ce matin, le réveil à 5h30. J'avais pas vécu ça depuis ... au moins ... ah ben non, depuis 4 jours seulement, c'est à dire le jour J. Un bon petit déjeuner devrait permettre de se remettre les idées en place. Sauf que j'aurais pas dû boire du jus de papaye. Ça a un effet néfaste sur mes intestins.
Nous levons le camp à 6h50 - toujours très ponctuels. La grande classe -, et récupérons Orlando pour aller visiter la nécropole de Chauchilla. La route (piste ???) est quelque peu défoncée, mais Ricardo a le sens de la bosse... ou la bosse de la négociation, au choix.
Chauchilla est un cimetière pré-inca, qui fut d'abord pillé par les huaqueros ("pilleurs de tombes") qui cherchaient des bijoux, des céramiques, ou tout ce qui pouvait se monnayer. Puis les archéologues s'en sont mêlés et le site est désormais protégé, bien qu'il se trouve en plein milieu du désert... allez donc mettre une clôture, dans ces conditions. La nécropole elle-même est constituée de quelques auvents de bois abritant les tombes ouvertes que l'on va visiter, et d'un petit musée. Tout autour, le sol est parsemé de sortes d'entonnoirs ressemblant à des trous d'obus. Il paraît que ce sont les tombes qui ont été ouvertes par les huaqueros, puis refermées par le sable. Quant aux quantités de petits morceaux blancs qui jonchent le sol, ce sont les os qui ont été sortis de ces tombes. Brrrrrr
Certaines tombes, de larges excavations bâties de briques, sont restées ouvertes et les momies y sont exposées, avec leurs tissus, céramiques, animaux de compagnie, etc... malheureusement, les huaqueros ont un peu tout semé au vent, ce qui fait que les momies ne sont pas complètes... ou parfois mélangées. La mieux conservée est exposée dans le petit musée que nous pouvons voir à la fin de la visite. Passionnant tout ça, mais un brin morbide quand même. Et puis moi, ce qui m'intéresse surtout, ce sont les toilettes. Même de fortune...
C'est également ici que nous nous séparons de Selman qui doit repartir sur Lima accueillir un nouveau groupe.
De notre côté, nous reprenons la panaméricaine le long des côtes de plus en plus désertiques (c'est possible, ça ?), et nous aurons même l'occasion de voir une faille géologique. Toute la région est constituée d'anciens fonds marins, et c'est assez bizarre à imaginer. La halte-photo ne dure pas longtemps, car la zone est continuellement ventée, à tel point que la route s'ensable et qu'il faut un bulldozer à demeure pour la nettoyer. Comme le paysage est un tantinet monotone, je finis par m'endormir, daignant à peine ouvrir un œil lorsque nous nous arrêtons sur le bord de la route pour acheter olives et huile d'olive. En effet, nous sommes en train de traverser une oasis où la spécialité, c'est l'olivier. Ici, ils en font même du miel. Mais au fond, je m'en fiche un peu : l'huile d'olive, j'en ai à revendre à la maison.
La halte de midi se fera à Puerto Inka, une petite anse en retrait de la route, au bord de l'océan, où nous attendent de jolies tables tendues de nappes colorées - je veux les mêmes ! - Il 
y a même des hamacs et des balançoires pour le plus grand plaisir des fainéants et des grands enfants, un perroquet qui siffle quand il voit une jolie fille - non, on ne ricane pas -, et surtout des toilettes propres ! Prem's !
Le "pique-nique" d'aujourd'hui a été préparé par la femme d'Orlando et c'est délicieux, même si c'est ENCORE du pollo con papas y arroz. Et puis nous avons une bouteille de vin achetée au Catador, et des olives... j'aurais peut-être pas dû manger les olives ...
Pour une fois, notre chauffeur Ricardo déjeune avec nous, l'occasion pour MP de lui faire une bonne blague lorsqu'il lui demande de lui passer un citron. Elle fait mine de le lui lancer avec une telle force que le pauvre sursaute de peur. Je crois qu'il ne s'en est toujours pas remis. Le début d'une grande complicité...
Après le repas, certains - mais bon, je suis pas une balance - auraient bien opté pour la sieste, mais c'est une petite marche digestive qui nous attend : nous allons jeter un œil sur les ruines de Puerto Inka, l'ancien village qui a donné son nom au lieu. La légende voudrait que grâce à ce port et aux messagers qui, en courant, se relayaient tous les 10 kilomètres sur le chemin de l'Inca, le trajet jusqu'à Cuzco était couvert en un temps record (tiens, ça me rappelle quelque chose), et l'Inca pouvait manger du poisson frais quand il le voulait. Où est la vérité où est la légende ... En tout cas, c'est comme ça qu'il fut prévenu de l'arrivée des espagnols à peine quatre jours après que ceux-ci eurent débarqué.
Les ruines du village laissent facilement deviner ce qu'il a pu être, car les entrepôts sont encore bien visibles, de même que les frigos : des trous maçonnés faits un peu partout dans le sol, où on entreposait le poisson pour le conserver. Mieux vaut regarder où on met les pieds.
Nous reprenons la route, et tandis que MP s'installe à l'avant, j'en profite pour faire une petite sieste. C'est que la route est longue, même avec quelques arrêts-photos. Impressionnante aussi, suspendue entre les dunes et un à pic plongeant sur la mer. Il y a énormément de camions,
et heureusement que Ricardo maîtrise, car pour nous, pauvres petits conducteurs européens, c'est plutôt angoissant de les voir se doubler à tout bout de champ, alors qu'il n'y a même pas quatre voies. En haut, il y a une chapelle où tous les chauffeurs s'arrêtent pour une prière et un remerciement. On va peut-être faire pareil, du coup. Ça coûte pas grand chose. L'intérieur est littéralement illuminé par les innombrables cierges et bougies des "pèlerins". Ça sent la cire dès la porte passée. J'ai rarement vu pareille dévotion.
De l'autre côté de la chapelle et tout le long de la route, nous croisons également des groupes d'ouvriers en train de creuser une tranchée (avec pioches et pelles, à l'ancienne) pour installer la fibre optique : la rencontre improbable de la
haute technologie et du rudimentaire. Nous descendons ensuite dans une vallée où les rizières côtoient mer et montagne, puis remontons vers notre désert, et moi, je me rendors. J'ouvre juste un œil pour la traversée de Camana, et termine le voyage en contemplant le magnifique ciel étoilé, avec cette question lancinante : "On voit la Grande Ourse dans l'hémisphère sud ?" Parce que là, quand même, cette constellation, on dirait bien la Grande Ourse. Bizarre, tout ça. A éclaircir. En tout cas, le ciel est d'une clarté stupéfiante, et il y a même des étoiles filantes. J'ai fait plein de vœux.
Nous arrivons enfin dans la vallée de Majes, dans un petit restaurant où nous allons pouvoir déguster la spécialité du coin : des écrevisses. Il paraît que la patronne est fine cuisinière, et Nico nous en parle depuis assez longtemps pour que nous en ayons déjà l'eau à la bouche.
Mais d'abord, les priorités : c'est rigolo, ici les toilettes sont au fond du garage, après les voitures. J'ai toujours la papaye un peu en travers de l'estomac, alors deux précautions valent mieux qu'une. Parce que j'ai pas l'intention de laisser ma part. Et c'est vrai qu'elles sont délicieuses ces écrevisses : en salade, en omelette, à la poêle avec de l'ail... Miam.
C'est pas tout ça, mais là, je tombe vraiment de sommeil - "mais le plus dur, ça a été de se lever à 5 heures du matin" - Nous atteignons heureusement bientôt notre hôtel à San Vicente : un ancien couvent transformé en maison d'hôtes, le Majes Lodge. La répartition des chambres se fait très vite, et ... oh surprise : c'est plutôt "rustique", mais très original : toit en chaume, murs en bois et chaux, et vieux parquet. En tout cas, c'est très propre malgré deux ou trois trucs qui tombent du plafond et des matelas un peu raides. Côté salle de bain :
- Elle est comment la douche ?
- Ben... pas très chaude pour l'instant.
- OK, je la prendrai demain.
- Euh ... MP ... Y'a un truc bizarre à la salle de bain.
- Quoi ?
- Une porte. Y'a pas de verrou. De l'autre côté, on dirait un bureau ou une bibliothèque. Mais bon, c'est tout sombre, j'ai pas bien vu.
- Euh ... Oui... On va peut-être fermer à clé la porte de notre côté, alors. (des fois qu'une momie surgisse, genre "Tintin et les sept boules de cristal")
- Ouais, j'approuve l'initiative. Bonne nuit.
- Bonne nuit.
19 juin 2008
Demain, j'arrête - J06
Jeudi 1er mai 2008
Le matelas avait beau être dur, j'ai passé une nuit excellente, et ce malgré les piaillements des oiseaux et le bus qui a démarré à 5 heures du matin. Par contre, le petit déjeuner sera soft, car les intestins ne sont pas au meilleur de leur forme. C'est décidé, j'arrête le jus de papaye.
Dès l'arrivée de Mauricia, notre guide pour la journée, nous partons en direction de Toro Muerte (littéralement "le taureau mort"), pour voir les pétroglyphes. Il s'agit d'une haute vallée, au-dessus de la vallée de Majes, très désertique (quelle surprise !!!), et traversée par les restes d'une très ancienne coulée de lave : un amas de rochers dispersés dans la pente sableuse. Les anciens voyageurs qui, suppose-t-on, arrivaient par le col, y ont laissé des messages gravés, peut-être à l'intention d'autres voyageurs, ou pour raconter leur histoire, ou ... mais ne nous perdons pas en conjectures. En tout cas, on pense que cette vallée était un lieu de camp pour les caravanes qui y faisaient halte quelques temps avant de reprendre la route.
Nous devons marcher nous aussi pour grimper un peu et atteindre les pétroglyphes les plus caractéristiques. Tout ça dans le sable et sous un soleil brûlant. Mauricia détaille quelques symboles et nous fait remarquer que les dessins sont de facture très différente selon les époques. Y'en a même des assez récents du genre "José estaba aqui..." et compagnie (ce besoin qu'ont les gens de laisser leur nom partout !), et franchement, c'est bien les plus moches ;o). Beaucoup de pétroglyphes ont été détruits lorsque les gens du pays venaient chercher les pierres pour construire des habitations. Mais aujourd'hui, Toro Muerte est un site protégé.
MP n'a pas l'air d'aller très très fort. Elle devrait peut-être arrêter le jus de papaye, elle aussi. Du coup, lorsque nous
reprenons le bus pour aller voir les traces de dinosaures à Querulpa, un petit village au dessus de Corire, elle préfère rester en bas, à l'ombre avec Jean-Michel. Bien lui en prend, car la pente est raide et épuisante. Bon sang ! Dire qu'à une époque lointaine, j'ai gravi le Carlit ! Tandis que nous montons au milieu des jardins et des représentations grandeur nature des dinosaures,
je commence sérieusement à m'inquiéter pour le chemin de l'Inca. Ça va pas être du gâteau. La dernière partie est la plus difficile : il faut s'aider d'une corde, car c'est raide et ça glisse. Mais au moins, nous pouvons voir les profondes empreintes laissées par ces grandes bestioles en un temps reculé où le terrain était certainement beaucoup plus plat et beaucoup plus vaseux. Et puis les événements géologiques ont chamboulé tout ça. Et puis de là-haut, quelle vue sur la vallée de Majes ! Ça valait le coup d'oeil.
Pour la petite histoire, les empreintes auraient été découvertes par deux gamins qui venaient dans la montagne, à la recherche de fossiles. Un jour, ils sont descendus en courant, et l'un d'eux a glissé, est tombé, et sa chute s'est terminée quelques mètres plus bas, découvrant les empreintes du sable qui les recouvraient. Des gamins ? Quand on voit la pente, je dirais des chèvres, oui !
En redescendant, nous sommes soudain assaillis par de joyeuses mélodies qui montent du village. Et oui, aujourd'hui c'est jour férié pour la fête du travail, et une fanfare joue devant l'église. Ah, et tiens, voilà mes amis les moustiques. C'est pas qu'ils me manquaient, mais quand même : 4 jours sans les voir, ça devenait étonnant. Sales bêtes ! Pour me consoler, je mangerais bien une glace moi. MP, ça la branche pas trop - Ouh ! Alors là, elle est vraiment malade -. Et moi, bien entendu, je ne peux pas m'empêcher de faire une bougnette sur mon t-shirt. Oui, je sais : je suis pas sortable.
Nous repassons à l'hôtel récupérer nos bagages, et quittons le district de Castilla pour la vallée du Colca. Cette fois, on attaque vraiment la montagne. MP s'installe au fond du bus pour dormir, du coup vais m'installer devant. Encore du paysage désertique, mais montagneux, cette fois. Nous dépassons Arequipa, la ville blanche, sans nous arrêter, et trouvons un petit coin sympa pour pique-niquer. Il était temps. J'ai faim.
Pendant que nous prenons nos aises, qui à l'ombre, qui au soleil - poussez pas, y'en aura pour tout le monde -, Ricardo repart vers le camp de base pour faire changer une roue. MP n'est vraiment dans son assiette et se contente d'une pomme, tandis que je m'exile en haut du rocher pour écrire un peu de mon journal qui a pris bien du retard. Il est déjà temps de repartir, alors que Isabelle, Marie-Rose, Anne, Alain, Jean-Michel et Agnès attendent toujours leur café à la terrasse du bistrot. Ben oui, aujourd'hui c'est la fête du travail, alors il ne faut pas être pressé. Enfin, encore moins que d'habitude !
Nous continuons à monter, légèrement inquiets de savoir comment chacun de nous va réagir à l'altitude. Moi pour l'instant, je sens rien. Je suis normale vous croyez ?
Si je résiste au soroche (le mal des montagnes), ça sera une grande victoire de la femme sur la machine ... pardon, sur la nature. Une petite halte à 4000 mètres
d'altitude pour photographier vigognes en liberté et alpacas gardés par des chiens de berger, et le coucher de soleil sur le mont Misti (le volcan qui domine Arequipa), et nous voilà dans un refuge sans électricité à boire notre premier maté de coca. MP, elle, dort toujours au fond du bus, alors je vais peut-être pas la réveiller. Je me contente de le signaler à Ricardo pour qu'il veille un peu sur sa copine Maria-Pedro - ça, ça l'a beaucoup fait rire, notre ami, et du coup, moi je suis devenue
"la amiga de Maria-Pedro"-. Le maté de coca, ça ressemble un peu à de la tisane de thym, surtout si on met un peu de muña dedans, cette plante odorante qui aiderait également à faire passer les maux de tête dus à l'altitude lorsqu'on la respire. Il fait très froid ici, d'autant plus que la nuit tombe. Et pour aller aux toilettes, mieux vaut se munir d'une lampe de poche. Mais l'escale est pittoresque. Nous continuons notre route et passons les 4900 mètres de nuit, puis redescendons vers Chivay. Avec Nico, on papote une peu, et j'ai le malheur de signaler que j'aime pas la cannelle. Pourquoi malheur ? Ben du coup, il embraye sur :
- Moi, j'aime pas le blanc d'œuf.
- Même dans le pisco sour ?
- Non, ça passe pas. Je le prends toujours sans.
Et là, je me mets à imaginer des blancs en neige, des meringues, des œufs au plat...
- Euh... Nico, je crois que t'aurais pas dû me parler de blanc d'œuf.
- Ça va pas ?
- Pas vraiment non. Je me sens un peu barbouillée rien que d'y penser... Je te déteste.
Et lui, évidemment, ça le fait rire ! Pffffff !
Le changement de température entre le bus et l'extérieur est rude : nous sommes arrivés à Yanque, le petit village où se trouve notre hôtel, et personne ne traîne dehors, ce soir. La température doit être proche de zéro. Nous investissons rapidement nos chambres, et là, avec MP, nous nous écroulons sur nos lits. Elle, elle se prépare à sauter un repas, tandis que moi, je repense à mon blanc d'œuf. Serait-ce ça qui me file autant mal au crâne ? Allez, dans un quart d'heure, ça ira mieux. Je laisse donc ma coéquipière agoniser, et rejoins la salle à manger où je me plante avec délice devant la petite cheminée centrale. Nos camarades de voyage sont déjà là, exceptés Isabelle et Alain qui ne se sentaient vraiment pas bien. Moi, comme j'aimerais que MP mange un peu quand même, je lui commande une soupe et demande à ce qu'on la lui serve dans la chambre. Le serveur est très aimable... dommage qu'il ressemble au majordome de la famille Adams... Impressionnant, le monsieur. Faudrait pas le croiser dans un couloir sombre par une nuit sans lune.
Ce soir, il paraît qu'il va y avoir un petit spectacle. En effet, des enfants du village sont déjà là en costumes traditionnels pour nous présenter leurs danses. Ils ont de très jolis costumes, même si ça fait bizarre de voir les garçons habillés en filles. Mais il paraît que c'est un stratagème qui fut utilisé un jour lointain par un jeune homme pour pouvoir approcher la jeune fille dont il était amoureux. En tout cas, c'est entraînant, et nous voilà à taper dans nos mains... et nous voilà au milieu de la piste avec ces jeunes gens pour cavaliers. Bon sang, mais qu'allais-je faire dans cette galère ??? En tout cas, ça a l'avantage de me faire oublier mon mal de tête. Et vas-y que ça tourbillonne, et vas-y que ça danse ... Et vas-y que ça s'essouffle... Ces citadins, ça n'a vraiment rien dans les poumons ! Moi en tout cas, je suis raide morte. Et dire que les recommandations de la facultés étaient : "contre le mal des montagnes, reposez-vous le plus possible, évitez les efforts et laissez à votre corps le temps de s'acclimater". Ça, c'est de l'acclimatation à la Bigeard (général français contemporain, connu pour son langage fleuri et ses méthodes qui font les hommes, les vrais. Ne pas pas confondre avec Bigard, autre pro de la verte langue de Molière, mais plus à l'aise sur une scène que dans les tranchées - Attention, y'aura interro là-dessus.)
Même si ça a l'air d'aller mieux, je vais quand même ne commander qu'une soupe. Pas la peine de tenter le diable. Ah, tiens ! MP aussi a l'air d'aller mieux. La voilà qui arrive après la bataille, mais juste avant que sa soupe ne quitte la cuisine. C'est le serveur qui est content (vous pensez, vue la température extérieure, elle serait arrivée froide, la soupe).
C'est avec l'apparition de la viande d'alpaca grillée que ça s'est gâté. Mon estomac n'en a pas supporté l'odeur. Alors j'ai laissé tomber ma cuillère dans la soupe, filé mon porte-monnaie à MP pour qu'elle paye pour moi, et j'ai pris mes jambes à mon cou. Oh oh, ça tourne un peu là... Direction la chambre. MP a dit que l'eau de la douche était super chaude. C'est tout à fait ce qu'il me faut. Malheureusement moi, j'ai dû finir à l'eau tiède. Alors j'ai fini par me glisser sous les couvertures bien chaudes en priant pour que mon estomac et ma tête s'arrêtent bientôt de danser la gigue. Extinction des feux.
13 juillet 2008
Ca plane pour moi - J07
Vendredi 2 mai 2008
Ce matin, nous devons quitter l'hôtel à 7 heures pour visiter la vallée du Colca et la Croix du Condor. Je sais pas si c'est la soupe que j'ai pas fini ou la douche, mais j'ai dormi comme un bébé, et ça va beaucoup mieux. Par précaution, j'y vais quand même mollo sur le petit déjeuner. Parce que derrière, immanquablement, il y a le passage aux toilettes. Mieux ? Vraiment ? Bon j'ai quand même goûté aux pancakes, faute de pain ... Euh oui, paraît que comme la veille tout le village est parti faire la fête pour la fête du travail, le boulanger de Yanque n'a pas jugé utile d'ouvrir ce matin. Donc, pas de pain.
Notre guide, Milagros, parle très bien français... sauf qu'elle dit "Oui" dans chacune de ses phrases. So What ? Selman disait bien "Mes sss'amis". En tout cas, le petit cours sur les différentes époques de peuplement de la vallée est des plus instructif. Milagros nous explique comment, à l'époque coloniale, les espagnols ont complètement chamboulé le peuplement de la vallée en créant et déplaçant les villages,
sous prétexte de réorganisation, et pour mieux contrôler et évangéliser les indiens. Aujourd'hui, le canyon de Colca, l'un des plus profond du monde (le Grand Canyon du Colorado est petit joueur, à côté) est habité par deux ethnies indiennes différentes, que l'on distingue par leurs costumes. Ils utilisent encore les terrasses de culture andines de leurs ancêtres. Nous rencontrons également nos premiers lamas et alpacas en compagnie des enfants qui attendent les touristes aux points de vue pour faire une photo et vendre leur artisanat.
La piste jusqu'à la Croix du Condor est pour le moins défoncée. Pour nous réconforter, Nico ne trouve rien de mieux que de nous raconter que le tour allemand de Viventura arrive jusqu'ici par l'autre route qui est dans le même état : on échappé à 8 heures de cahots. Chouette ! MP n'est toujours pas trop dans son assiette, et moi, j'ai des hauts et des bas. Finalement, je sais pas si je vais faire le retour en VTT comme prévu. Pourtant, j'étais super motivée. Une bonne heure de secousses plus tard, nous nous garons sur le site déjà noir de monde.
C'est ici qu'avec un peu de chance, nous allons pouvoir observer les condors. Alors pour les ignares, la légende du condor qui emporte Milou jusqu'à son aire, c'est du pipeau. Le condor, c'est rien qu'un gros vautour avec des pattes de poulet, qui n'a pas plus de force qu'un pigeon (la définition n'est pas de moi... enfin, pas tout à fait). En fait, c'est juste un gros planeur. Alors le matin, il vient s'amuser avec les courants thermiques le long des parois du canyon. Il monte en spirale puis se laisse descendre dans un long plané. Allez, il faut bien le dire, c'est tout de même un oiseau majestueux. Et notre loooongue attente (Ces messieurs se font désirer, ce matin) est bien récompensée.
Le problème, c'est qu'ils arrivent toujours par surprise, et pour les photos ça va un peu vite. Ce qui n'empêche pas Nico, Paul, et un canadien chevelu de se lancer dans un concours typiquement masculin : "ma photo, elle est mieux que la tienne" - "ouais pas mal" - " ouais, mais là, il me regarde" - "bof pas beaucoup d'intérêt celle-là. Moi je préfère les prendre de dessus". Et bien évidemment, ça finit en comparant chacun son engin - Hey !
Son appareil-photo bien sûr ! Qu'est-ce que vous alliez imaginer ?!
MP, elle, s'est plantée au bord du muret et a décidé de ne plus bouger jusqu'au moment du départ. Trop dangereux pour ses intestins. Quant à moi, la remontée du belvédère m'épuise littéralement. J'ai les jambes en coton. Finalement, je confirme que je vais pas la faire, la balade en VTT.
Sur le chemin de retour, la route est toujours aussi défoncée (y'a pas de raison que ça ait changé),
et ça devient très vite un calvaire. D'autant que comme on fait voiture balai, on marche au rythme des VTT. On croise aussi des ânes ou des vaches conduits par des cavaliers, ce qui me maintient un peu en alerte. A chaque halte, je descends prendre l'air, sur des jambes de moins en moins stables. J'arrive quand même à manger une tuna (sorte de figue de Barbarie) qui rafraîchit bien, et je finis par m'endormir dans le bus.
C'est toujours ça de gagné. Après avoir récupéré les vttistes ravis de leur descente, nous nous arrêtons au village de Maca pour visiter l'église. Pas le temps de dire ouf, qu'il y a déjà un mendiant à la porte du bus. Je m'y attendais tellement pas que j'ai failli rater la marche. Ça se confirme : je marche pas droit. Re-belotte à l'arrivée à l'hôtel : je plane complet. J'ai l'impression d'être complètement shootée. Sérieux, laissez tomber la coke et essayez l'altitude : Vous êtes à 10000 pendant un moment, et à l'arrivée, ça fait le même effet : vidage d'estomac dans les toilettes. Après cette pause poétique, nous embarquons les bagages et remontons vers Chivay où nous ferons la pause déjeuner. Euh ... C'est obligatoire ? J'ai l'estomac tellement contracté, que je ne peux rien avaler à part trois bouchées de riz et un morceau de patate douce. Ah si, j'ai fini mon petit pain. Avec le pain, on a toujours été copains, même dans mes pires moments de gastrite aigüe. Ô pain ! Je t'aime ! (Ode au pain)
Le temps est ensoleillé, avec une petite brise rafraîchissante. Nous en profitons donc pour aller nous asseoir dans le parc, histoire d'entamer la digestion (Warf ! Très drôle !). Sur le banc d'à côté, il y a une mamie qui tricote et que je salue de la tête. En réponse, elle me fait signe d'approcher, mais j'ose pas trop. Un reste de paranoïa limeñenne ? ou bien cette indifférence typiquement parisienne qui fait qu'on ne parle pas aux gens, et encore moins quand ils ne parlent pas français ? Peut-être un peu des deux. En tout cas, il ne m'aura pas fallu une heure pour regretter de ne pas être allée papoter avec elle.
Bon, pas question de flancher maintenant, car nous voici aux bains de la Calera : des sources sulfureuses qui ont été aménagées en plusieurs piscines, couvertes ou à ciel ouvert. L'eau sort à 41° et sent le souffre. Un agréable moment de détente en prévision. C'est MP qui râle un peu : comme elle ne sentait pas bien ce matin, elle n'a pas pris son maillot de bain. Moi, ça va aller, merci. Pas envie de sortir. Surtout que la vue est agréable. Mais comme toutes les bonnes choses ont une fin, nous regagnons le bus pour reprendre la route d'Arequipa.
Le calvaire routier va recommencer. Milagros commente la route, mais j'ai pas le courage de tout écouter. Je me souviens juste qu'on a vu des troupeaux d'alpacas et de vigognes. Allez, je fais quand même l'effort de descendre du bus pour la photo souvenir à 4910 mètres d'altitude. Mais au ralenti. Ouaip, je suis encore un peu dans l'espace.
Retour à la civilisation, voici Arequipa : ses voitures, ses embouteillages, ses réverbères... et ses rues en travaux. Celle de notre hôtel, par exemple. Le bus est obligé de nous laisser un peu plus haut, et il va falloir gérer les bagages avec prudence pour éviter les vols. C'est qu'il paraît que ça va vite ici. Oups ! MP a déjà disparu. J'attends jusqu'au vidage complet de la soute : apparemment mon sac aussi. J'espère qu'il est arrivé à l'hôtel sans encombre. Finalement, je les retrouve tous les deux (MP et mon sac) dans le petit patio fleuri de l'hôtel. Jamais vu de si beaux géraniums ! Ça me réconcilierait presque avec l'espèce. Allez, c'est notre jour de chance : on récupère une chambre au ... 2ème étage ! Youpi... Mais la chambre est bien sympa, et donne sur la terrasse plutôt que sur la rue. Et ça, c'est cool. Ça y est, nous voilà toutes les deux affalées sur nos lits, claquées.
- Tu vas à la douche ?
- Euh non. Plus tard.
- ... Ouais. Pareil.
De vraies larves. De toute façon, on n'a pas beaucoup de temps pour se préparer pour aller manger, même si l'envie n'y est guère. Et puis il faut faire les sacs de linge sale à donner pour la lessive.
Ce soir, Nico nous emmène au restaurant "El viñero", et nous faisons pour l'occasion la connaissance de son épouse. Au mur du restau, il y a un grand tableau peint sur une peau tendue, qui représente un caballero. S'il n'avait pas la barbe, il ressemblerait bien à notre Jimmy (oui je sais, faut comprendre) et ça, ça me réconforte. Mais peut-être pas assez quand même : pour moi, ce sera una sopa a la minuta y una agua sin gas, por favor. J'ai sommeil que ça en devient affreux. Je crois que je dors au-dessus de mon assiette.
Au moment de l'addition, le serveur a tendance à gonfler légèrement les prix des plats par rapport à la carte. Et puis le prix des bouteilles d'eau, c'est à la tête du client : l'addition de MP est juste, mais pour la mienne, il m'annonce 17 sols au lieu de 15,50. S'il fait ça à tous les touristes, il doit faire son beurre. Certains font rectifier, mais moi, j'ai tellement hâte d'aller me coucher que je renonce à discuter pour 1 sol 50. Même si par principe, je devrais... Ben tiens, c'est pas parce que je dors que je l'ai pas vu.
Allez, une douche et ... Ça y est, je dors déjà.
07 octobre 2008
La vraie vie - J08
Ce matin, c'est grasse mat'... jusqu'à 8h30. Hip hip hip .... Hourra !!! En effet, le tour social qui va nous permettre d'en savoir plus sur les programmes d'aide auxquels participe Viventura ne débute qu'à 9h30. J'ai dormi comme un loir, malgré quelques histoires de fantômes et de boulot dans mes rêves. La routine, quoi. Et puis il paraît que j'ai parlé : "Non. Non ..... non". Bon ça va, je me suis pas trop trahie. Mais va falloir que je surveille ça.
Nous prenons un petit déjeuner léger sur la terrasse ensoleillée puis descendons dans le patio pour attendre Diego, le stagiaire de l'agence de Viventura qui va nous accompagner toute la matinée.
Il parle un très bon français, sans accent... enfin, pour un gars qui a fait ses études à Toulouse. Nous sommes rapidement rejoints par la femme d'un ouvrier que nous rencontrerons plus tard à la carrière de sillar. Nous devons l'accompagner au marché San Camilo pour acheter pour 100 sols de fruits, grâce au don d'un ancien voyageur. Ces fruits sont destinés aux familles qui vivent à la carrière. Il faut que ça ne soit pas trop mûr, que ça se conserve, que ça soit en bon état. Qu'est-ce qu'on va bien pouvoir prendre ? Nous on cogite, mais la dame prend les choses en main et négocie de main de maître. 100 sols, ça en fait des cartons de fruits. C'est le maraîcher qui doit être content : il vient de gagner sa journée.
Le marché San Camilo, c'est le royaume des pickpockets, où bien évidemment, le touriste est la cible idéale. On nous a tellement fait la leçon, à l'hôtel puis dans le bus, que c'est à peine si nous osons nous éloigner les uns des autres. Ah si : Agnès et Jean-Michel n'ont peur de rien et s'en vont faire leur petit tour. Finalement, c'est eux qui ont raison. Mais bon, on ne se refait pas, avec nos mentalités de citadins occidentaux timorés et conditionnés par nos apriori bourgeois façonnés devant les journaux télévisés de TF1. - OK, la pensée socio-philosophico-rebelle, c'est fait -
Tandis que Isabelle, Alain, Mireille et Gérard vont continuer de leur côté la visite d'Arequipa, nous nous rendons chez un grossiste pour récupérer d'autres produits pour la carrière. Il n'y a pas à dire, les rues sont vivantes, très animées. Embouteillées aussi. On a l'air malins avec notre gros bus.
Nous quittons enfin la ville pour gagner la carrière de sillar, cette roche volcanique blanche dans laquelle sont taillées les pierres qui ont servi à édifier la ville d'Arequipa. Pour certains, c'est l'origine de son surnom de "ville blanche". Pour d'autres, cette appellation viendrait plus du peuplement de la ville. Après une petite halte pour contempler le Misti - Qui a dit "gris" ?!?!?!?! - nous prenons une piste qui descend vers la zone d'exploitation. Le bus penche un peu, mais ça passe. Par contre, pour le demi-tour, ça va pas être de la tarte.
Mais bon : peur de rien Ricardo. Le voilà engagé dans sa manœuvre, tandis qu'en bas de bonnes âmes le guident, et qu'on déplace quelques briques pour lui laisser le passage. J'échange un regard avec le carrier : apparemment, on est du même avis : y'avait plus simple. Mais chut ! Ne décourageons pas les bonnes volontés.
Une fois les problèmes logistiques réglés, les carriers qui nous accueillent aujourd'hui nous expliquent leur travail, démonstration à l'appui, tandis que Diego traduit. En quelques minutes, c'est une nouvelle brique qui est taillée devant nous grâce à des outils rudimentaires. On ne peut pas dire que l'équipement soit dernier cri, et c'est entre autres ce sur quoi travaille l'association à laquelle participe Viventura : leur procurer outils, lunettes de protection, etc... pour améliorer leurs conditions de travail. Ils nous parlent de ces conditions, des risques, des conditions de vie... Et dire que chez nous, les gens se plaignent sans cesse, alors que eux sont déjà heureux de pouvoir tailler leurs briques et de les vendre.
Le site en lui-même est assez joli, très lumineux à cause de toute cette roche blanche. Très poussiéreux également. On peut voir diverses zones d'exploitation, ainsi que les espaces de repos : de petits abris fabriqués avec les débris de roche, étroits et bas de plafond, où on peut faire la cuisine, mettre l'eau au frais et se mettre à l'abri du soleil. On se croirait dans les tranchées de 14-18.
Nous quittons bientôt la carrière pour rejoindre l'agence où nous attend un déjeuner dans le jardin avec l'équipe locale de Viventura :
Véronique (le Grand Chef), Nicolas et sa femme Malena, Ricardo (celui à la guitare, pas celui au bus), et Diego. Les plats mitonnés par Carmencita, la cuisinière et "Mama" de l'agence, sont véritablement excellents. Il y en a pour un régiment. Voilà une pause bien agréable, délassante, tranquille, où la seule préoccupation est de savoir QUI va aller squatter le hamac. Nico s'essaye un peu à la guitare, pour le plus grand plaisir de MP, puisqu'au programme, il y a du Jean-Jacques (Goldman) et du Francis (Cabrel). C'est pas possible ! C'est fait exprès. Quant à nous, nous avons droit à un superbe t-shirt Viventura sur lequel notre trajet a été imprimé. Cool !
14 heures. Il est déjà temps de repartir pour le City Tour avec Alvaro. Quelle débauche de guides, aujourd'hui ! Le bus nous dépose devant l'église San Francisco, et nous partons à pied à travers la vieille ville : la cathédrale d'Arequipa, le couvent des jésuites, la plaza de armas, quelques boutiques où on nous parle du mode de vie des andins,
et enfin, le monastère Santa Catalina, dédié à Ste Catherine de Sienne,
un couvent de dominicaines cloîtrées, véritable ville dans la ville avec ses 20000 m2. De nos jours, seuls 5000 m2 sont toujours habités par une vingtaine de moniales (ce qui nous vaut la superbe phrase du jour de Alain : "Elles sont où les 5000 nonnes ? Euh, non Alain, c'est 5000m2 et 20 nonnes"). La visite se fait dans la partie ancienne du monastère, où nous pouvons admirer les chambres, qui étaient en fait de petites maisons individuelles. C'était avant que la règle impose la vie en communauté. Tentant ? Ouais, bof... les explications de Daniela, notre guide, sur la vie d'une nonne aux siècles passés, nous fait apprécier la nôtre, de vie. Pourtant, l'endroit reste ravissant, avec ses murs rouges, bleus, jaunes, ses allées et ses rues portant le nom de villes espagnoles, et son belvédère depuis lequel, alors que le soleil décline, nous pouvons contempler les trois volcans : le Chachani, le Misti et le Pichu-pichu. Et j'ai particulièrement aimé le lavoir, avec son ingénieux système de lavabos faits à partir de jarres, et puis tiens ... des fauteuils argentins comme à la maison.
Nico nous rejoint à la sortie de Santa Catalina pour nous emmener visiter une fabrique de laine,
où nous en apprenons plus sur le traitement des laines d'alpaca, de lama et de vigogne (la plus chère du monde). Nous pouvons également apprécier le travail des tisseuses de Cusco, qui reproduisent tous les motifs de mémoire.
Ca y est, il fait nuit. Un dernier tour de ville à la recherche des indispensables fournitures, dont le chocolat, puis retour à l'hôtel pour récupérer et surtout vérifier le linge propre. Avec MP, on a de la chance : pas de petites culottes égarées chez le voisin, ni de gros mouchoir à carreau chez nous, même si ...
- C'est à toi ces chaussettes ?
- Oui. Tiens, ça doit être ton t-shirt.
Bon, en même temps, on avait fait une liste pour s'y retrouver.
Ce soir, on dîne au Zig-Zag, la "cantine" de Nico. Comme par hasard, c'est aussi là qu'on a repéré une crêperie, avec MP. Mais une fois n'est pas coutume, ce sera viande d'alpaca sur pierre, à déguster sans complexe grâce à nos grands bavoirs.
Un délice. Et puis, en gourmandes qui se respectent, nous finissons par la mousse au chocolat maison... avec deux cuillères, SVP ! La soirée est super sympa et très animée... en tout cas, les filles (nous, quoi), sont en forme ! Allez, on s'casse ! Faut prendre une douche et faire les bagages car demain on lève le camp trèèèèèès tôt.
10 octobre 2008
Cusco ... Mégalo ? - J09
Dimanche 4 mai 2008
Le téléphone de MP (en sa fonction réveil) sonne à 4h30. Ça tombe bien, j'étais en train de m'engueuler avec mon chef. Elle l'éteint (le téléphone, pas mon chef). Nouvelle sonnerie.
- Mais ! J'ai déjà éteint
- C'est l'autre téléphone. Celui de l'hôtel. Dis-je, encore somnolente, entre deux bâillements.
- Ah... Oui.
Et bien, ça va être coton, aujourd'hui...
Nous descendons rapidement au patio avec les bagages - si tant est que "rapide" et "nos bagages" soient compatibles -, où nous attend un semblant de petit déjeuner. Euh ... le sandwich fromage-mortadelle à 5 heures du matin, ça le fait pas DU TOUT...
Nico arrive à 5h15, mais le bus qui devrait déjà être là n'a toujours pas donné signe de vie. On tente de joindre Ricardo, sans succès... Well, c'était peut-être pour ça le sandwich : donner des forces pour la marche à pied jusqu'à l'aéroport. Heureusement, voilà finalement le bus : au dépôt, ils n'avaient rien trouvé de mieux que de le garer au fond, avec tous les autres bus devant. Il a fallu tout déplacer pour pouvoir sortir... un dimanche à 5 heures du mat', autant dire que Ricardo a dû se débrouiller tout seul. Pour la peine, il nous fait une superbe marche arrière dans la rue en travaux, on charge en quatrième vitesse, et zou ! En avant Guiguamp ! Nous voilà à temps pour l'enregistrement sur le vol de Cusco.
Nous faisons nos adieux à notre chauffeur... ça sera plus pareil, sans lui. Snif ! Et nous embarquons.
Dans l'avion, c'est calme. J'ai bien l'impression que tout le monde dort. Après un stop-over à Juliaca où on annonce -2°C, nous atterrissons enfin dans la capitale de l'empire Inca. La partie mythique de notre voyage se rapproche. Et il commence à faire faim. Oui, je sais. Parfois, je peux être particulièrement terre à terre.
Un bus nous amène jusqu'à l'hôtel Cahuide, tout près de la place d'armes, grâce à quelques louvoiements. C'est que la ville est animée aujourd'hui. C'est dimanche. Et comme tous les dimanche, c'est défilé militaire pour tout le monde ! Pour l'instant, ce qui nous préoccupe le plus, mis à part l'état de vide quasi absolu de notre estomac, c'est la distribution des chambres. Ouf ! On est au rez de chaussée.
Avec MP, nous investissons notre nouveau chez nous, sauf que ... il donne sur la rue. Et soudain, une multitude de souvenirs d'insomnies liméniennes remonte à la surface. C'en est trop pour MP qui prend une décision grave (que je soutiens) : elle retourne à la réception et demande à changer de chambre. Le culot, ça paye, car nous voilà aménageant bien vite de l'autre côté du couloir. Comme d'hab, ce sera un lit chacune, avec celui du milieu pour notre bazar. Et maintenant, si on allait MANGER ?
Nous descendons la rue jusqu'à la place d'armes où règne une ambiance de fête. Les habitants ont sorti les beaux habits aux couleurs chatoyantes, les drapeaux flottent sur les mats de la place, et les militaires défilent au son de la musique, astiqués comme des sous neufs, tandis que les officiels les saluent depuis la tribune. Vous inquiétez pas messieurs, y'en a plein d'autres qui attendent dans les rues adjacentes avec des voitures blindées. Quant à nous, nous finissons par trouver une petite cafétéria (oui bon, en fait c'est Nico qui l'a indiquée), plutôt tendance, avec de la musique qui change de la traditionnelle ambiance folklorique. D'accord, les serveurs ne sont pas pressés, mais avec MP, on a un plan :
on attrape les cartes, et : "vite, regarde. J'appelle le serveur". Le temps qu'il arrive, on a eu le temps de se décider, et on commande à la vitesse grand V de parisiennes habituées au Starbuck. Au menu, un petit déjeuner continental avec un VRAI jus d'orange... était-ce bien raisonnable ? C'est ce que mes intestins se chargeront de me faire comprendre une heure plus tard. C'est décidé, j'arrête le jus d'orange.
Tandis que les autres membres du groupe attendent encore qu'on prenne leur commande, nous nous délectons enfin d'un chocolat chaud... qui a tout de même un curieux arrière-goût de clou de girofle. Berk !
Bon allez, si on allait faire du shopping ? Y'avait longtemps.
Laissant nos camarades devant leurs plats à peine entamés, nous sortons visiter les petites rues cusqueniennes. Première constatation : ça grimpe sévère. Et on est à 3400 mètres d'altitude. Voilà de quoi entraîner le palpitant avant le chemin de l'Inca... il commence à me faire un peu peur ce chemin de l'Inca, d'ailleurs. M'enfin, on verra bien.
C'est là, dans une petite boutique, que nous trouvons finalement notre souvenir commun de ce voyage : un bracelet tissé. Là aussi que nous commençons notre quête de cadeaux à ramener. Ça va pas être simple. Puis nous regagnons notre cantine pour partager un sandwich - d'accord, ça fait petit joueur, mais n'oubliez pas "l'effet jus d'orange". Et puis c'est rien comparé à notre pizza small pour six de Las Vegas !- avant de retourner à l'hôtel. La rue grimpe, et on prend rapidement les habitudes du coin : marcher à l'ombre. D'ailleurs, ça nous rappelle la chanson de Renaud que j'entonne bientôt... Ben je vais vous dire, chanter en remontant une rue de Cusco à pieds, ça tient de l'exploit. Nous voilà quittes pour un bon fou-rire, si tant est qu'on puisse encore respirer !
A l'hôtel, nous faisons la connaissance de Noé, qui sera notre guide pour les trois jours à venir, et avec qui nous allons faire le city tour cet après-midi. Petit briefing sur ces trois jours, puis nous embarquons pour le site de Sacsahuaman.
L'astuce du jour revient à Noé pour retenir ce nom imprononçable et à coucher dehors : "Sexy woman".
Sacahuaman est une ancienne forteresse Inca à l'extérieur de Cusco, où l'on peut encore voir les soubassements en zig-zag ainsi qu'une porte. La taille des blocs et leur agencement sont véritablement impressionnants. C'est là que chaque année, les habitants de Cusco célèbrent l'Inti Raymi (la fête du soleil), le 24 juin.
Retour vers Cusco pour visiter rapidement la ville. Sur la plaza de armas, se dressent la cathédrale et la iglesia de la Compañia qui rivalisent de majesté. Aujourd'hui, nous donneront notre préférence pour la visite de la cathédrale flanquée de deux églises plus petites : la Sagrada Familia et l'église del Triumfo. Toujours très baroque, très chargé, trop à mon goût, mais les goûts et les couleurs. En plus, j'ai des hallucinations, à force de voir toutes ces peintures et tous ces Christ... Finalement non : pas de miracle aujourd'hui, je ne serai pas la nouvelle Bernadette ;-p
Malheureusement, nous arrivons trop tard pour pouvoir entrer au monastère Santo Domingo, le couvent construit par les espagnols sur les bases de l'ancien temple du soleil de l'empire Inca : le Qoricancha. Il nous faudra revenir demain, après la Vallée Sacrée. Nous rentrons donc par les ruelles anciennes, admirant les soubassements incas sur lesquels ont été construites les maisons coloniales, ainsi que la fameuse pierre aux douze angles. (Si si, vous pouvez compter avec MP. Attention : un, deux, trois, quatre ...)
Dans une petite échoppe, je trouve enfin les lamas que je vais pouvoir rapporter à mes chers collègues qui pensaient me coller en demandant un lama en souvenir : de petites bestioles en fil de fer et laine, sympas comme tout. Et grâce à Marie-Thérèse, la reine de la négociation, j'ai même payé moins cher que prévu.
Il commence à faire tard, et la journée a été longue. Mais voilà la dernière épreuve : le restau. Alors autant le dire tout de suite, c'était délicieux, et pour une fois la musique traditionnelle est vraiment sympa. Mais alors côté service... Vaut mieux pas avoir un train à prendre : j'entame à peine mon plat, que l'autre bout de la table est déjà au dessert.
Allez, tout le monde au lit. Ça ira mieux demain.












































